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Socrate et la philosophie de l’homme


Léon Sobel DIAGNE[1] et Sr Gilles-Aimée CISSE[2]

INTRODUCTION

Dès l’entame de cette réflexion, nous croyons pouvoir affirmer que l’interrogation philosophique sur l’homme, malgré toutes les pages écrites sur le sujet, de l’antiquité à nos jours, est toujours d’actualité. Il ne peut même pas en être autrement quand on sait qu’à chaque époque de l’histoire, l’homme fait face à des situations et des réalités politiques, socio-économiques, culturelles et religieuses, qui l’interpellent comme individu d’abord et membre d’une société ensuite. A ce titre il s’agit de l’homme dont l’implication est totale dans ces trois questions fondamentales de Kant :

« Que puis-je savoir ? »

« Que dois-je faire ? »

« Que met-il permis d’espérer ? »[3]

À ces trois questions, Huisman et Vergez ajoutent une quatrième question d’intérêt capital : « Qu’est-ce que l’homme ? »[4] Tout se passe donc comme si aucun questionnement philosophique sérieux ne peut faire abstraction de l’homme. Aujourd’hui plus que jamais, le questionnement sur l’homme est à la fois sérieux et urgent, tant il est vrai que le monde qui est le nôtre, le milieu social dans lequel nous vivons ne fait de cadeau à personne. Ce milieu hostile et complexe, pour le moins qu’on puisse dire, ne saurait laisser le philosophe indifférent, au contraire, il doit être vigilant, suffisamment attentif pour ne pas tomber dans certains pièges, comme cette pensée de Platon qui donne l’impression d’un philosophe trop en déphasage avec la réalité :

Le philosophe, élevé au sein de la liberté et du loisir, ne doit pas être blâmé de n’être qu’un zéro quand il lui arrive de tomber à des besognes serviles, ainsi de ne pas savoir pour voyager ficeler son paquetage, de ne pas savoir non plus assaisonner un plat ou tenir des propos flatteurs[5].

Ce désengagement du philosophe ne semble guère être de l’avis de Schopenhauer qui abonde dans le sens d’une « philosophie universitaire qui, chargée de cent intérêts et de mille ménagements divers, s’avance en louvoyant sans jamais perdre de vue la crainte du Seigneur, les volontés du Ministère, les exigences de l’Editeur, la faveur des étudiants, la bonne amitié des collègues »[6]. Et ce n’est pas tout, car dans un sens plus positif, Platon, par la voix de Socrate, prouve l’engagement inconditionnel du philosophe dans ce dialogue :

Socrate - il nous incombera donc à nous fondateurs d’obliger les meilleurs naturels à se tourner vers cette science que nous avons reconnue tout à l’heure comme la plus sublime, à voir le bien et à faire cette ascension. Mais, après qu’ils se seront ainsi élevés et auront suffisamment contemplés le bien, gardons nous de leur permettre ce qu’on leur permet aujourd’hui.

Glaucon - quoi donc ?

Socrate - de rester là-haut répondis-je, de refuser de descendre de nouveau parmi les prisonniers et de partager avec eux travaux et honneurs, quel que soit le cas qu’on en doit faire [7].

Ce faisant, n’est-il pas nécessaire et urgent aujourd’hui de nous interroger sur le milieu et le contexte actuels relativement aux hommes que nous sommes pour bâtir une philosophie de l’homme apte à prendre en charge les problèmes de l’heure ? Pour y parvenir, ne gagnerions-nous pas à méditer la célèbre formule : « Homme, connais toi toi-même »[8] qu’on attribue à tort à Socrate ?

Une incursion dans la philosophie de l’homme du même Socrate nous permettra sans doute d’appréhender son impact dans la société grecque de son temps, mais aussi de nous mettre à l’évidence du profit que notre société actuelle peut en tirer. Qu’est ce que ce patrimoine peut-il nous inspirer dans un monde fait de violence, d’injustice, de corruption, d’impunité, de non-respect des institutions, de course à l’argent, à l’armement et autres intérêts égoïstes ?

Pour fonder tout cela en raison, ne faudrait-il pas se demander à quand remonte la philosophie de l’homme, qu’en a fait Socrate, et quel enseignement peut-on tirer de ces péripéties au bénéfice des peuples africains ?

I. L’HOMME DANS LA PENSÉE GRECQUE PRÉSOCRATIQUE

Ainsi que l'a si bien dit Jean Voilquin « l’homme est naturellement porté à réfléchir sur ce qu’il aperçoit hors de lui et sur ses propres sentiments »[9]. C’est dire qu’avant qu’un homme du nom de Socrate, même s’il a du mérite, ne consacre l’essentiel de sa philosophie à l’homme, la pensée grecque des précurseurs comporterait déjà des balbutiements de philosophie de l’homme, en tout cas une pensée naïve au départ, devenant de plus en plus critique par la suite.

I.1. Du temps des sages

Avant les présocratiques, l’homme, au sens générique du terme, sortait à peine d’une période où le monde et beaucoup de phénomènes naturelles (la foudre, la pluie, les tempêtes…) lui inspiraient une frayeur terrible. L’homme, à l’imagination déjà féconde, créa alors le mythe pour tenter de comprendre ces manifestations. À ce sujet, Jean Pierre Vernant dira  « dans le mythe, Thauma, c’est le « merveilleux », l’effet de stupeur qu’il provoque est le signe de la présence en lui du surnaturel »[10]. L’homme devait donc, en se conformant au mythe, adoptait plus qu’une attitude de sagesse, une soumission religieuse, comme le rappelle Jean Voilquin

Il lui (l’homme) faut adopter au milieu d’une nature où il lui semble qu’il découvre l’action de puissances secrètes et souvent hostiles, une ligne de conduite ; la prudence, l’habileté, voire la ruse, seront ses principaux atouts au milieu des dangers. De là son nés sur le sol hellène ces mythes qui traduisent une pensée encore puérile(…) La société primitive rapporte ces croyances à des forces surnaturelles, les codifient sous forme de religions et de rites … cependant, un progrès s’effectue chez Hésiode qui croit à l’existence d’un droit des faibles et assigne à Zeus « la tâche de rétablir la rectitude et la mesure ». La réflexion morale s’approfondit avec Solon et avec ceux que la tradition morale appelle au VIIème siècle avant Jésus Christ les sept sages [11].

N’est-ce pas à propos de ces sages qu’André Lalande a écrit « on appelait Sophoï (Sages), jusqu’à Pythagore, ceux qui s’occupaient de connaitre les choses divines et humaines, les origines et les causes de tous les faits… »[12]. Dans sa traque des indices du progrès de la pensée grecque avant Socrate, Jean Voilquin apporte cette précision majeure :

Avec le temps et le développement de la civilisation… Le peuple grec a fondé des villes et des colonies. Il est donc normal que les personnages, en qui s’incarnent une sagesse populaire un peu courte, fassent figure de législateur. Le sage, en effet, ne ferme pas les yeux sur les besoins de la cité… Aussi voit-on la plupart de ceux que la tradition désigne sous le nom de sages se mêlaient aux affaires publiques, dussent- ils même accepter la tyrannie, comme Périandre, à Corinthe[13].

La justice qui, jusque là, était réglée par des puissances surnaturelles (le cas de Zeus), passe progressivement aux mains de l’homme, comme le dit Jean Voilquin

Au VIème s. avant Jésus Christ, avec Phocylide de Milet et Théognis de Mégare, la poésie prend un ton gnomique et sentencieux ; si elle manque souvent de profondeur chez le premier, elle traduit chez le second, un changement intéressant : l’homme n’est plus soumis sans réserve à la justice divine ; la justice humaine paraît se subordonner l’antique justice des dieux. L’idéal moral s’élève et l’homme, par ses propres moyens, est en mesure de marcher seul dans la voie où il a découvert les règles essentielles de la justice et du droit…[14]

I.2. L’époque des présocratiques

Délivré d’un monde terrifiant et mal appréhendé, l’homme entreprend de scruter son monde, comme le dit Jean Pierre Vernant, à juste titre : « pour les Milésiens, l’étrangeté d’un phénomène, au lieu d’imposer le sentiment du divin, le propose à l’esprit en forme de problème. L’insolite ne fascine plus, il mobilise l’intelligence. De vénération muette, l’étonnement s’est fait interrogation, questionnement »[15]. Nous sommes dans la période présocratique qui marque un pas de plus dans la marche de l’esprit humain ainsi que le décrit Voilquin

en même temps qu’elle précise, par la voix des sages et des poètes, les conditions morales de l’existence humaine, en même temps que s’élabore, en dehors du culte officiel, la religion des Mystères, la pensée grecque cherche une explication à l’énigme de l’univers. Comment le monde, autour de nous, a-t-il été créé ? Comment son existence se poursuit-elle ?[16] 

À l’heure du bilan, l’on retiendra avec Jean Voilquin ce qui suit :

l’attitude des physiologues était dogmatique ; ils s’étaient portés immédiatement vers l’objet à connaître ; la question de l’essence et du principe des phénomènes naturels leur paraissait être la question fondamentale. Avec les Sophistes, la pensée prend un autre chemin ; elle commence par la négation violente ; la capacité pour l’homme de connaître la réalité est mise en doute ; l’intérêt philosophique se détourne de toute recherche rationnelle sur la nature ; la possibilité d’arriver à une certitude dans la connaissance est vigoureusement niée. On le devine, les conséquences morales de cette attitude s’avèrent désastreuse, la justice ne repose plus sur aucune base ; l’homme, devenant la mesure de toutes choses, ne saurait reconnaître d’autre loi que son caprice et sa puissance… la sophistique ouvre toute grande la porte au scepticisme intellectuel et au subjectivisme moral[17]. 

I.4. La période des sophistes

Avec ce « subjectivisme moral » des sophistes, c’est tout l’édifice moral de la pensée grecque qui s’écroule. Les sophistes subordonnent tout à l’homme et font comme si le monde extérieur n’a aucun impact sur cet homme que Protagoras apostrophe avec ironie à travers Socrate

allons, bienheureux homme,… soit plus brave, attaque-moi sur mes propres doctrines et réfute les, si tu peux, en prouvant que les sensations qui arrivent à chacun de nous, ne sont pas individuelles, ou, si elles le sont, qu’il ne s’en suit pas que ce qui paraît à chacun devient ou s’il faut dire être, est pour celui-là seul à qui il paraît [18].

Il en va de même de la vérité que Protagoras fait curieusement dépendre de chaque homme « j’affirme, moi, que la vérité est telle que je l’ai définie, que chacun de nous est la mesure de ce qui est et de ce qui n’est pas, mais qu’un homme diffère infiniment d’un autre précisément en ce que les choses sont et paraissent autres à celui-ci et autres à celui-là »[19]. Il ne s’agit plus alors pour Protagoras d’un homme qui tremble devant les phénomènes de la nature, encore moins d’un homme à qui le merveilleux, ce qu’il y a d’étonnant dans la nature inspire le culte, mais, comme il le dit lui-même « par homme sage j’entends précisément celui qui, changeant la face des objets, les fait apparaître et être bons à celui à qui ils apparaissaient et étaient mauvais »[20]. Pour y arriver, il suffit de s’en tenir à la magie de la rhétorique.

Après Protagoras, c’est Gorgias, un autre sophiste qui vient bouleverser des acquis axiologiques. Fustigeant la loi qui met tous les hommes au même pied d’égalité, Gorgias accorde le privilège à la nature quand il affirme

la loi est faite pour les faibles et par le plus grand nombre… voilà pourquoi la loi déclare injuste et laide toute tentative pour dépasser le niveau commun, et c’est cela qu’on appelle l’injustice. Mais la nature elle-même, selon moi, nous prouve qu’en bonne justice celui qui vaut le plus doit l’emporter sur celui qui vaut le moins, le capable sur l’incapable. Elle nous montre partout, chez les animaux et chez l’homme, dans les cités et les familles, qu’il en est bien ainsi, que la marque du juste, c’est la domination du puissant sur le faible et sa supériorité admise[21].

Cette assimilation de l’homme à l’animal ne valorise en aucun cas l’homme à qui Gorgias prétend rendre justice. Avec Gorgias, l’éducation est la pire des injustices et les principes qui la fondent, un grand mensonge. C’est ainsi que « nous façonnons les meilleurs et les plus vigoureux d’entre nous, les prenant en bas âge, comme des lionceaux, pour nous les asservir à force d’incantations et de mômeries, en leur disant qu’il ne faut pas avoir plus que les autres et qu’en cela consiste le juste et le beau »[22]. Les sophistes, par la voix de Gorgias, revendiquent un hédonisme radical. Ce qui ne peut, en aucun cas, aller dans le sens d’une morale avantageuse pour tous. Au contraire de cela, c’est une vision bien singulière des passions qu’ils prônent :

le beau et le juste selon la nature… c’est … pour bien vivre, il faut entretenir en soi-même les plus fortes passions au lieu de les réprimer, et qu’à ces passions, quelques fortes qu’elles soient, il faut se mettre en état de donner satisfaction par son courage et son intelligence, en leur prodiguant tout ce qu’elles désirent [23].

Voilà comment les sophistes voient les choses, au point même de blâmer le puissant qui fait preuve de retenue « quand un homme, en effet, est né fils de roi ou trouve d’abord en lui-même la force nécessaire pour conquérir un commandement, une tyrannie, un pouvoir suprême, que pourrait-il, en effet, avoir de plus honteux et de plus funeste pour un tel homme qu’une sage modération ? »[24] Et pour enfoncer le clou, Gorgias conclut en ces termes : « la vérité Socrate, que tu prétends chercher, la voici : la vie facile, l’intempérance, la licence, quand elles sont favorisées, font la vertu et le bonheur ; le reste, toutes ces fantasmagories qui reposent sur les conventions humaines contraires à la nature, n’est que sottise et néant »[25].

Comment donc Socrate, dont on dit qu’il a suivi l’enseignement des sophistes, a-t-il pu se soustraire à cette « philosophie de l’homme » défendue par des sophistes sans scrupule ? Comment, après tant d’erreurs commises par les mêmes Sophistes sur l’homme et ses valeurs fondamentales, Socrate a-t-il pu emprunter un autre chemin ? Sans doute, il lui a fallu une forte personnalité pour en arriver là. En réponse à ce questionnement, Jean Voilquin lui dédie cet hommage mérité :

il était donc réservé à Socrate de montrer la nouvelle voie à suivre ; il fonda la dialectique qui étudie, non pas les choses, mais les opinions des hommes sur les choses pour amener le questionné à se contredire, remplace la dogmatique des physiologues et s’oppose à l’éristique des sophistes ; il donne une base solide à l’éthique… son mérite est d’avoir fondé la science morale, … il part de l’idée que la vertu se définit et résulte de la connaissance par la science, car tel semble bien avoir été uniquement son enseignement,… [26].

II. L’AVÈNEMENT DE SOCRATE

II.1. Qui est Socrate ?

Ni mythe, ni extraterrestre, Socrate est un homme en chair et en os né à Athènes à -470 d’un père sculpteur du nom de Sophroniste et d’une mère sage-femme : Phénarète. Socrate a eu le privilège de vivre au « siècle de Périclès, le siècle le plus brillant d’Athènes »[27]. Marié et père de trois enfants, Socrate n’a certainement pas connu, pour autant, le bonheur conjugal avec sa femme Xanthippe qualifiée d’acariâtre. Ses difficultés ne s’arrêtèrent pas là car après avoir suivi les enseignements d’Anaxagore et des Sophistes il lui a fallu prendre son courage à deux mains pour les réfuter en vue d’une philosophie plus originale.

La pensée de Socrate est un des pivots de l’histoire, car la philosophie grecque est organisée autour de son nom. Avec elle, se clôt une période et une autre commence. C’est dire qu’il y a un moment historique de Socrate même s’il n’y a pas d’histoire de Socrate, pour souligner l’importance que la pensée de Socrate a pu avoir dans l’histoire des idées, ce que ses successeurs ont pu tirer de sa pensée, de ce que l’humanité occidentale a vécu jusqu’à l’avènement du christianisme.

Socrate fut le maître de Platon, il influença grandement la philosophie grecque. Les auteurs suivants nous donnent une idée de ce que fut sa vie : Aristophane, Nuées, Xénophon, Mémorables, Platon, Apologie de Socrate, Criton, Phédon, Banquet, Théetète. 

Socrate est contemporain des sophistes et maître de Platon qui le fait intervenir dans ses dialogues pour le faire connaître, car lui-même n’a rien écrit. Le sens de la quête socratique est contre les sophistes. Il cherche, entre autre, à retrouver l’accord perdu du logos et des choses. Il a remarqué le relativisme des sophistes et le scepticisme généralisé. En niant l’existence d’un principe absolu et immuable, les sophistes contestaient indirectement la possibilité de la connaissance objective. Il lutte aussi contre la dépravation des mœurs, fruit de l’éducation donnée par les sophistes aux jeunes Athéniens.

Socrate ne s’intéresse pas à la nature, mais à l’homme, à sa vie, aux mœurs, au bien et au mal. Il voulait trouver une base solide pour la connaissance, cette base réside dans la raison de l’homme. Il est l’inventeur de la dialectique. Son entreprise, c’est de définir de façon univoque les concepts philosophiques. C’est cela l’impératif d’unicité. L’enquête socratique visait surtout la sagesse pratique, en s’interrogeant sur la définition des vertus, des qualités morales.

Sa méthode, c’est le questionnement, la maïeutique, méthode positive et l’ironie méthode négative et non le discours systématique. Par ces procédés, il démasque la fausse science. Cette maïeutique ou l’art d’accoucher les esprits est pratiquée par analogie à sa mère qui était sage-femme. C’est par les questions que l’interlocuteur finit par découvrir la vérité qu’il porte en lui sans le savoir : « Mon art de maïeutique a mêmes attributions générales que le leur. La différence est qu’il délivre les hommes et non les femmes et que c’est les âmes qu’il surveille en leur travail d’enfantement, non point les corps »[28].

Socrate s’efforce d’aider les hommes à accoucher les idées qu’ils portent en eux. Cela est sous-tendu par une certaine conception qui pense que tout homme a des connaissances oubliées. Il faut simplement l’aider à s’en rappeler. Socrate, par la méthode de la discussion, éveille en son interlocuteur les potentialités intellectuelles qui sommeillaient en lui.

Mais des préjugés défavorables caractéristiques de son milieu et de son époque lui rendirent la tâche extrêmement rude. En effet, mis à part l’âge, Socrate n’était guère gâté par la nature et la fortune : « il était fort laid : chauve, le nez épaté, il ressemblait à un satyre ou à un silène ; ce visage scandalisait les athéniens pour lesquels la beauté physique était le symbole de la beauté morale. Sa tenue vestimentaire était plus que simple et… il portait rarement des chaussures »[29].

Le portrait qui nous est donc tracé de Socrate est celui d’un vieillard difforme. Il ne se préoccupait nullement de son aspect physique et vivait sobrement. Il pratiquait rigoureusement ce qu’il enseignait. Rien ne l’intimidait, ni personne. Socrate est rentré dans l’histoire comme le symbole de l’amour de la vérité. Il recherche la vérité dans l’honnêteté sans tomber dans l’abus de langage des sophistes.

II.2. Quelques traits de caractère de Socrate

Socrate se présente comme un ignorant. D’où sa célèbre phrase : « Tout ce que je sais c’est que je ne sais rien ». Il ne peut rien apprendre aux autres, mais il les aide à se ressouvenir. Il faut s’accepter ignorant pour travailler à combler cette ignorance. Ce constat d’ignorance de Socrate part du constat de l’ignorance des hommes. Cette condition plutôt modeste de l’homme ne militait pas en faveur de ses ambitions, aussi Socrate ne pouvait faire mieux que se connaître et s’accepter tel qu’il est tout en s’armant de courage, de constance et d’exemplarité dans ses prises de position impopulaires aux yeux de l’aristocratie athénienne. À titre d’exemples, les faits ci-dessous cités en disent long sur les traits de caractères de l’homme et sa maîtrise de soi. 

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  •  Son intelligence et son intégrité lui permirent d’échapper au piège des acteurs de la mal gouvernance de son époque, ainsi que de l’influence de tous ceux qui tremblaient devant les exactions d’une Aristocratie aveuglement conservatrice : « l’institution athénienne voulait que le condamné fit une contre proposition pour sa condamnation, or Socrate , au lieu de s’humilier comme le faisaient habituellement les condamnés, propose pour sa conduite passée… d’être nourri au prytanée( horreur suprême) pour le restant de ses jours »[32].
  •  Un homme toujours prêt à assumer les conséquences de ses actes, fût-il au prix de sa liberté et de sa vie : « cette proposition apparut comme un outrage aux juges et la condamnation de Socrate à mort fut votée avec 80 voix de plus que ne l’avait été sa culpabilité »[33].  

Tout cet acharnement contre Socrate n’apportera rien à ces détracteurs sinon qu’à mettre à nu les limites d’un pouvoir tyrannique aux abois, l’inefficacité de ses instruments de répression comme l’atteste ces mots qui, à n’en pas douter, assommèrent d’un coup de massue les crânes des juges : « Socrate dit alors un dernier adieu à ces juges en leur promettant un châtiment beaucoup plus pénible : celui de voir croître ses disciples »[34].

Aux velléités népotiques et interventionnistes des proches, Socrate opposa une fin de non recevoir au nom de son refus de l’impunité : « pendant les trente jours de son emprisonnement Socrate s’entretient avec ses disciples qui lui proposent en vain un plan d’évasion »[35].

Mais cette force de caractère n’a absolument rien de surprenant de la part du philosophe qu’était Socrate. Ce philosophe évidemment connu pour son calme, sa maîtrise de soi, surtout devant les vices : «  le courage de Socrate s’allie à une maîtrise de soi en toute circonstance : il n’est jamais ivre (même après avoir beaucoup bu !), ne s’emporte jamais et supporte avec flegme injures ou critiques »[36].

Au vue de tout cela, il est permis aujourd’hui de partager la remarque selon laquelle « les esprits conservateurs voient en lui l’incarnation de l’esprit nouveau »[37] mais qui, à vrai dire, loin de « pervertir les vieilles valeurs morales »[38], comme le prétendent ces conservateurs, s’engage à ces risques et périls, à instaurer et défendre les vrais valeurs humaines constitutives d’une philosophie éthique et , par delà, d’une philosophie de l’homme fondée sur la célèbre formule « homme, connais-toi toi-même »[39].

III. ÊTRE À L’ÉCOLE DE SOCRATE AUJOURD’HUI

I.1. Point de départ d’une philosophie de l’homme

Pour Socrate, en effet, ce qui compte le plus désormais, c’est l’homme. Aussi à la question  « que reste-t-il après que Socrate ait écarté le dogme et la science du monde ? »[40] La réponse précise-t-on immédiatement est « il restait l’homme, voilà le sens du mot « connais-toi toi-même »[41]. Ainsi admettra-t-on assez aisément «  qu’on ne perde jamais de vue d’où part et où revient la philosophie de Socrate. Ce n’est pas Dieu ni le cosmos. C’est n’importe quel homme : l’artisan, l’artiste, le pilote, le médecin ou le politique »[42]. Il s’agit de ceux que Socrate soumettait à sa maïeutique ou son jeu questions/réponses. Et c’est justement dans ce sens qu’il disait « je sais que vous n’allait pas me croire, mais la plus haute forme de l’excellence humaine est de se questionner soi-même et de questionner les autres »[43].

III.2. « Se questionner soi-même »

Encore une fois, l’homme de Socrate n’est pas l’homme au sens masculin du terme, encore moins la femme, mais véritablement « n’importe quel homme », c’est-à-dire, l’homme en tant que concept. Toutefois Socrate ne perd pas de vue l’étroite relation de l’homme avec la réalité. Il s’intéresse donc à l’homme dans toutes ses dimensions.

D’abord pour l’homme qu’il est ; il ne s’agit pas de se montrer prétentieux et orgueilleux, mais plutôt humble et modeste «  tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien ». Cet homme Socrate qui clame haut et fort son ignorance suscite pourtant l’admiration des autres, d’où ce témoignage, on ne peut plus, éloquent « en 420, la Pythie de Delphes répond à son ami d’enfance Chéréphon : il n’y a pas d’homme plus sage que Socrate » »[44]. À propos des qualités morales de Socrate, il suffit de remonter aux pages de cet article répondant à la question : qui est Socrate, pour se convaincre de sa hauteur d’âme « se questionner soi-même ». Quoi de plus sublime quand on sait que l’homme est enclin à fuir son propre questionnement. Il est donc effectivement difficile à l’homme de se regarder et de s’accepter soi-même tel qu’il est. Socrate a réussi cet exercice à force d’humilité et d’honnêteté intellectuelle. Ce qui ne fût pas le cas de ce personnage des contes de chez nous : Golo, c’est-à-dire le Singe. Golo, dit-on, se mit un jour devant un miroir, et après s’être regardé dans toutes les facettes de son visage grommela à voix rauque : « trop ! », croyant ainsi instaurer le doute, car personne ne savait s’il a voulu dire « trop beau ! » ou « trop laid ! ». Comme Golo donc, l’homme préfère souvent s’installer dans ce type de doute avec l’illusion d’y entrainer tout le monde, plutôt que de dire et se dire la vérité. Socrate refuse ce paradoxe, au point de paraître masochiste, c’est-à-dire trop sévère envers lui-même.

En agissant de la sorte, il administre une leçon de philosophie de l’homme de haute facture. Dans le Sénégal d’aujourd’hui et face à un ensemble d’enjeux socio-économique, politique culturel et religieux, cet enseignement de Socrate devait faire l’objet d’une attention particulière. En effet, se reconnaître tel qu’on est et avoir le courage de se l’avouer, tout Sénégalais devait y arriver, au lieu de se croire démocrate, intègre, juste et impartial là où c’est le contraire qui transparaît, c’est-à-dire des comportements anti-démocratiques, la corruption, l’injustice et la violence. Pourquoi donc persister dans l’apparence d’être ce qu’on n’est pas ? Qu’est-ce qu’on y gagne ? À quel développement de soi et de notre société cela mène-t-il ? Nulle part, sommes nous tenté de répondre.

Être vrai, se connaître soi-même ; voilà la vraie identité qui sied à chaque Sénégalais, à chaque enfant de l’Afrique. L’homme noir n’a que trop souffert d’un complexe identitaire d’infériorité qui dure depuis la colonisation. Or avec les idées que véhicule le slogan de la mondialisation, les choses risquent de s’empirer. Que le monde devienne un village planétaire par le fait de la performance des moyens de communication, c’est excellent. Mais à condition que ces moyens cessent de ne communiquer et de ne transmettre que des valeurs à sens unique.

Du temps de Socrate, chacun trouvait son compte dans la formule Delphique « homme, connais-toi toi-même ». Socrate en avait fait sa devise ; il parait aussi que ceux qui partaient en voyage s’en inspiraient, non pas pour imposer leur vue au peuple visité mais pour s’inscrire dans une dynamique d’enracinement et d’ouverture comme l’enseigne le président Léopold Sédar Senghor dans sa théorie de la civilisation de l’universel. Au XVIIème siècle, René Descartes invitait déjà au respect des coutumes et règles des autres : « et que nous ne pensions pas que tout ce qui est contre nos modes soit ridicule, et contre nature, ainsi qu’ont coutume de faire ceux qui n’ont rien vu »[45].

C’est dire que la mondialisation, loin d’une civilisation, d’un ordre économique ou autre qui s’impose à tous est davantage un enrichissement mutuel dans une diversité identitaire constructive et positive.

La préoccupation de Socrate n’est pas de rendre compte des phénomènes de l’univers et encore moins du principe changeant des choses à la permanence de l’esprit, il a plutôt tourné le dos, abandonné la spéculation cosmologique des présocratiques sur la physis pour l’étude de l’homme. Ce dernier est essentiellement âme, d’après la définition qu’en donne l’Alcibiade : «Alors, puisque ni le corps, ni le tout ne sont l’homme, reste qu’ils ne soient rien, s’ils sont quelque chose, il faut en conclure que l’homme c’est l’âme »[46].

Il fait de l’âme la faculté d’une connaissance féconde par son pouvoir de se ressouvenir des vérités du monde intelligible. En revanche, il relègue le corps au second plan, car il est incapable de produire la connaissance, empêche l’âme de s’élever et de connaître. Socrate s’attaquera aux sophistes, -même si l’apport de leur enseignement a été considérable-, car sur le plan de la logique, il ne cherche pas la connaissance vraie, mais l’opinion, la cohérence apparente et la persuasion. Redoutant les conséquences néfastes sur l’éducation, la politique et la morale, Socrate réagit donc contre un tel enseignement qui ne s’embarrasse pas d’honnêteté, même de piété.

Le fameux précepte de l’oracle de Delphes « homme, connais- toi toi-même » rappelle la sagesse grecque qui préconise la réserve dans le savoir et la modération dans le plaisir afin de pouvoir se maîtriser. Cette formule contient la conception du savoir comme intériorité et le primat accordé à la préoccupation éthique. Une telle exhortation aiguillonne l’homme vers le bien. Elle remet sur le droit chemin celui qui s’égare dans la multiplicité des attraits sensibles. Celui qui pratique ce précepte se met sur la voie de la sagesse morale, car il vise-à maîtriser ses passions. Ce faisant, il cherche et trouve sa vraie essence pour accéder à la contemplation de l’univers et à la communion avec le principe suprême.

Socrate pense que le corps est mauvais et constitue un obstacle pour l’âme parce qu’il la trouble et que celle-ci ne peut atteindre la pleine vérité qu’à condition de se départir du corps. L’âme est la perfection, le corps, la déchéance de l’homme. À bien comprendre Socrate, la mort serait une séparation de l’âme et du corps. Tout corps possède une parcelle d’âme qui l’anime. Et cette âme, à l’instar des idées, est une créature divine du monde intelligible. Elle est en principe intelligible, vivante, immortelle. C’est dire que, sur terre, elle oublie toutes les connaissances contemplées dans le monde intelligible. Mais cette incarnation peut être un exil, voire un emprisonnement. En effet, au contact du corps, l’âme se souille et le corps devient la prison qui l’empêche de se souvenir et de connaître. En effet, « lorsque c’est avec le concours du corps (que l’âme) entreprend quelque examen, elle est alors, cela est clair, entièrement abusée par lui »[47]. En s’incarnant dans le corps, l’âme peut perdre sa vertu d’être pur. Le corps cause à l’âme beaucoup de désagréments, car les passions et les plaisirs charnels la distraient et l’empêchent de connaître ce qu’exprime le Phédon : « Parmi les sensations corporelles, celles que j’ai dites ne sont pas exactes et n’ont pas non plus de certitude »[48].

Le corps peut enfoncer l’homme et l’éloigner de la paix s’il se laisse aller à des exigences démesurées. Socrate préconise que pour vivre par elle-même, l’âme doit mourir, se séparer du corps.

Il faudra nous séparer du corps et considérer avec l’âme en elle-même les choses en elles-mêmes. Alors, semble t-il, nous posséderons ce que nous désirons, ce dont nous affirmons que nous sommes amoureux, la pensée. Ce sera quand nous serons morts, comme le raisonnement le montre, et non point de notre vivant [49].

Si la mort est la séparation de l’âme d’avec le corps, autrement dit si la vraie vie consiste dans la domination de l’esprit sur le corps, alors, il faut bien reconnaître que dans la réalité, les hommes ne sont pas toujours à la hauteur de cette exigence.

C’est ainsi que Socrate s’est intéressé à la science de la nature humaine en ce qu’elle a d’universel tout en rejetant les sens et les passions. En effet, pour lui, la question n’est plus de savoir ce qu’est l’être, mais ce qu’il vaut vraiment. Le but de sa philosophie est la conduite morale et l’amélioration de l’âme. On lit dans l’Apologie de Socrate

ma seule affaire, c’est en effet d’aller par les rues pour vous persuader, jeunes et vieux, de ne vous préoccuper ni de votre corps ni de votre fortune aussi passionnément que de votre âme, pour la rendre aussi bonne que possible ; oui, ma tâche est de vous dire que la fortune ne fais pas la vertu, mais que de la vertu provient la fortune[50].

On le voit, Socrate est un homme épris d’éthique qui cherche la connaissance du bien, ce qui lui fait abandonner l’observation de la nature. Il avait peu de besoins matériels. Tournant le dos à l’extériorité, il indique la voie de la sagesse, comme la quête de soi et donne la priorité à l’éthique. Les besoins matériels détournent de l’essentiel, à savoir la vérité dont l’âme est porteuse. Le portrait qui nous est tracé de Socrate est celui d’un vieillard difforme. Il ne se préoccupait nullement de son aspect physique et vivait sobrement. Il pratiquait rigoureusement ce qu’il enseignait. Rien ne l’intimidait, ni personne. Socrate est rentré dans l’histoire comme le symbole de l’amour de la vérité. Il recherche la vérité dans l’honnêteté sans tomber dans l’abus de langage des sophistes.

Il s’étonne du comportement des Athéniens davantage préoccupés par leur souci exagéré de fortune, négligeant ainsi le soin dû à l’âme, et les tance ainsi :

Tu es Athénien, citoyen d’une ville qui est plus grande, plus renommée qu’aucune autre pour sa science et sa puissance, et tu ne rougis pas de donner tes soins à ta fortune, pour l’accroître le plus possible, ainsi, qu’à ta réputation et tes honneurs ; mais quant à ta raison, quant à la vérité, quant à ton âme, qu’il s’agirait d’améliorer sans cesse, tu ne t’en soucies pas, tu n’y songes pas [51].

Socrate reproche aux Athéniens de ne se préoccuper que du matériel, des opinions subjectives aux dépens de la connaissance véritable et du soin de l’âme. C’est un appel à se libérer des besoins et de s’affranchir du corps. Il ne peut s’empêcher de s’attacher à discourir sur ce qui est vertueux et porte essentiellement sur le soin de l’âme. D’ailleurs dans ses discours, il recommande à ses interlocuteurs de pratiquer la vertu. Accusé de ne pas reconnaître les dieux athéniens, d’en introduire de nouveaux et de corrompre la jeunesse, Socrate rappelle à ses concitoyens la mission qu’il doit remplir fût-ce au prix de sa vie. Toute sa vie est dictée par la recherche du vrai, du juste, du beau et du bien, cette recherche de vertu répondant aux normes éthiques lui coûtera la condamnation à mort. Socrate se met donc en conflit avec les autorités politiques pour défendre l’homme de ces dernières. Dans un franc-parler, il critique l’hypocrisie de la religion officielle. Souvent, il faisait allusion à son daïmoon qui lui parlait de l’intérieur. Cet esprit était plus important que toutes les divinités d’Athènes. Il boira courageusement la cigüe, alors qu’on lui avait offert un plan d’évasion pour s’exiler.

Un tel comportement montre que Socrate n’est motivé ni par le matériel ni par la crainte de la mort corporelle. Ce qu’il redoute par-dessus tout c’est que son âme soit gangrenée par l’injustice. Ce commentaire de M. Canto-Sperber évoque assez éloquemment ce martyr de la morale.

Il va démontrer jusqu’au bout, par ses paroles et par ses gestes, que le soin apporté à l’âme, notre bien le plus précieux, doit primer sur tout le reste. C’est en agissant conformément à ce qu’il considère être juste qu’il évitera la véritable infortune, celle qui touche l’âme corrompue ; mieux vaut pour Socrate subir une injustice que de la commettre[52].

Socrate prend le parti de l’homme et rame à coutre courant de la mentalité de son époque, car de son avis, la coutume sociale ne saurait fonder une norme, et l’opinion commune est incompétente pour rendre une action bonne ou mauvaise. Le jugement valable exige une science fondée sur un raisonnement juste. Un certains nombre de concepts comme ; la vertu, la justice, la modération, la sagesse, le courage, la connaissance du bien, connais-toi toi-même, tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien, nul n’est méchant volontairement, rendent compte de l’entreprise de la défense de l’homme par Socrate.

En reprenant le « connais-toi toi-même », il conseille à l’homme de laisser les dieux s’occuper de l’univers et de s’en tenir à ce qui le concerne principalement, à savoir le soin de l’âme et la conduite vertueuse. Ces conseils jettent une lumière sur la pensée de Socrate orientée vers une philosophie morale soucieuse de cerner le juste et toutes les autres notions de vertu. C’est dire que l’homme doit se livrer uniquement aux soins de son âme et adopter une conduite vertueuse dans sa vie. À ce prix, il vivra heureux, car la vertu procure le bonheur. C’est par ignorance que les gens manquent de vertu. L’âme seule est digne d’attention, car elle procure le savoir. Diogène[53] poursuit en affirmant qu’« il conseillait aux jeunes gens de se regarder souvent dans une glace : Si vous êtes beaux, disait-il, restez dignes de votre beauté ; si vous êtes laids, faites oublier votre laideur par votre savoir ». L’homme possède une âme d’origine divine qui fait qu’il participe à la divinité par la meilleure part de lui-même : par l’âme. Cette meilleure part ne meurt pas ; aussi faut-il en prendre soin en se dépossédant des biens matériels et des désirs corporels. L’âme nous élève vers la pensée et le souvenir, tandis que le corps est un obstacle ; il nous trompe dans la recherche de la vérité, nous rend esclave des appétits, nous prive de la liberté. C’est pourquoi le corps est relégué au second plan.

En véritable purificateur d’âmes, Socrate enseigne ce qui fait le vrai et le juste. Persuadé que l’homme, être de raison, est perfectible, il choisit le dialogue comme méthode d’approche philosophique pour lui faire recouvrer le chemin de la vertu et de la vérité. Le dialogue avec l’autre doit aboutir au dialogue intérieur, car l’âme est une faculté pensante autonome. Par conséquent, la science de l’âme révèle aux hommes leur aveuglement, leur cupidité leur souci des vaines et basses gloires. On ne saurait parler de l’entreprise socratique, cherchant l’essence véritable des choses par le questionnement qui permet à l’âme de se souvenir des connaissances acquises, sans faire un détour par la sophistique, mouvement de pensée de la Grèce antique qui s’est distingué en donnant naissance à la rhétorique.

Dans la formule de l’oracle de Delphes, on décèle que le point de départ de la philosophie doit être une psychologie. Il s’en dégage aussi que le point d’arrivée sera une éthique, conçue comme un effort de transparence à soi-même. La philosophie, pour Socrate, est un ensemble de réponses à l’unique question traduisant son souci existentiel et éthique fondamental : comment doit-on vivre sa vie pour qu’elle soit la meilleure possible ?

Le sophiste est un professeur enseignant à son disciple à travers une leçon d’apparat, une méthode visant à soutenir n’importe quelle thèse. Rompu aux divers modes d’expression existants telles que poésie et rhétorique, il lui apprend l’art de bien parler. Il vise la vérité, mais c’est le contenu de celle-ci qui pose problème. Le langage s’autojustifie et l’on peut, dès lors, parler de tout sans rien savoir de la chose même. Tout est contenu dans l’adhésion que l’on peut susciter par la maîtrise de l’art oratoire. Le succès est fondé sur la capacité à convaincre, à séduire, à persuader et à soutenir toute thèse, quelle qu’elle soit.

C’est l’erreur qui caractérise le discours du sophiste, passé maître dans l’art de l’illusion. Il se comporte en «charlatan de la parole», rendant vrai ce qui est faux et vice versa. Telle est la perception que Luc Brisson[54] a du sophiste en affirmant que :

Le sophiste apparaît comme un charlatan de la parole : il rend vrai ce qui est faux et fait être ce qui n’est pas. D’où la nécessité de démontrer, contre Parménide notamment, qu’il y a du non-être aussi bien dans la réalité que dans l’opinion et dans le discours, où il équivaut à l’erreur.

Ces maîtres du langage transforment à leur gré les conventions en matière de raisonnement au profit de la maîtrise de l’art de la parole et de la polémique, en vue d’exercer l’autorité politique. Leur argument se présente apparemment comme valide, car il semble conforme aux règles formelles du raisonnement, mais en réalité, il est faux.

Les Sophistes vont jouer un rôle important, car jusqu’alors, l’éducation était réservée aux aristocrates. Les sophistes étaient des professeurs itinérants qui apprenaient à tous l’art de discuter pour préparer les élèves à d’éventuels conflits de pensée. Ils préparaient leurs élèves à la rhétorique, à la grammaire et à la mythologie comme bases de la pensée. Leurs méthodes développaient l’esprit critique. Ils agissaient comme des défenseurs de la culture et de la connaissance. Ils seront les premiers à affirmer que les lois ne sont pas naturelles, mais conventionnelles, donc relevant du relatif et changeable. Pour eux, l’homme est la mesure de toute chose. L’humain est au centre des questions fondamentales. Les mots sont des conventions qui permettent d’exprimer les choses, de les nommer.

Seule la connaissance du bien rend l’homme vertueux. Socrate ne manque pas de faire l’éloge de la vertu qui est un savoir. Il considère que l’homme pèche par ignorance mais quand il est vertueux, il est heureux. Dès lors, l’âme doit chercher-en s’interrogeant- les vérités qui sont en elle et qui ont été inhibées par d’autres intérêts. En effet, l’âme qui se fixe à la pratique de la vertu se fait compagne de la vérité et ne chute pas précipitamment dans le corps. La purification consiste à

mettre le plus possible l’âme à part du corps et accoutumer celle-ci, étant elle-même par elle-même, à se recueillir, à se ramasser en partant de tous les points du corps, à vivre, autant qu’elle peut, aussi bien dans le présent actuel que dans la suite, isolée et par elle-même, délivrée de son corps comme si pour elle c’était des liens [55].

Il a repris à son compte le mythe de la transmigration des âmes et de la réminiscence pour se comparer au cygne qui chante son espérance au seuil de sa mort. Selon ce mythe, les réincarnations successives de l’âme établissent son immortalité. Elle connaît donc et possède les vérités qu’elle peut trouver en s’interrogeant ou en dialoguant avec elle-même :

par l’âme, rien n’empêche que, nous ressouvenant d’une seule chose, ce que précisément nous appelons apprendre, nous retrouvions aussi tout le reste, à condition d’être vaillants et ne pas nous décourager dans la recherche : c’est que, en fin de compte, chercher et apprendre sont, en leur entier, une remémoration[56].

Socrate fréquentait les établissements où les hommes se retrouvaient pour soigner leurs corps. Dans ces espaces, il les dissuadait de se livrer à cette forme d’exercice, pratiquant avec eux la méthode du dialogue qui lui permettait d’avancer à petits pas vers une maîtrise du concept utilisé. Ce jeu de questions-réponses très présent dans la pédagogie de Socrate révèle à son interlocuteur ses contradictions, pour lui faire prendre conscience que ce qu’il croit être une connaissance n’est en fait qu’une opinion. Cela participe de la célèbre ironie socratique : «tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien» mettant à nu moins l’ignorance de Socrate que celle de son interlocuteur. Pour tout dire, Socrate cherche l’essence des choses qui renvoie à la fois à leur existence, à leur identité, à leur unité et montre que la vérité révélée par le corps n’est pas une vérité fiable. Elle relève plutôt de l’opinion sensible. Seule l’âme, entité intelligible, instruite des essences et consentant à l’anamnèse, est digne de foi, parce qu’elle peut rendre compte de ce dont elle a eu connaissance. En cela, elle est féconde dans son pouvoir de procurer la connaissance. Tel n’est pas l’apanage du corps agglutiné aux passions. Cette différence de la fécondité entre ces deux entités montre que l’âme et le corps s’opposent radicalement chez Socrate. Dans le domaine religieux, l’existence de l’âme est prouvée dans les rêves. De fait, les anciens avaient du mal à établir l’existence de l’âme sans le rêve. Dans l’homme, il y a l’âme et le corps. Et dans l’Égypte antique, le rêve est la traduction de la vie de l’âme, car on considère que l’âme peut mener une vie indépendante durant le sommeil où elle quitte le corps pour mener une vie autonome.

III.3. « Questionner les autres »  

En fait, comme l’a si bien dit Socrate, il ne s’agit plus seulement de se questionner soi-même mais de « questionner les autres », c’est-à-dire d’entrer dans une intercommunication où chacun est curieux de connaître l’autre et les autres, non pas pour les asservir, prétendre les civiliser, mais pour les connaître en tant que ce qu’ils sont. C’est cela accepter l’autre avec ses différences. C’est cela aussi s’engager dans une quête égalitaire et juste de ce que sont les autres, de ce qu’ont les autres.

Pourtant ce n’est pas souvent le tableau qui apparait dans les relations internationales. Les Etats n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts. Cette phrase, bien connu des milieux politiques et diplomatiques internationaux, traduit un climat de non sincérité dans les relations internationales. La détérioration des termes de l’échange, tant décrié par feu, le président Léopold Sédar Senghor, a longtemps permis à des pays riches d’accroître leur économie au détriment des pays sous-développés condamnés à s’engouffrer davantage dans la pauvreté. Socrate affirme que l’homme est un être de conscience. Sa conscience morale doit l’acheminer vers le bien et éviter le mal. « Nul n’est méchant volontairement », a-t-il pu dire. La quête de la vertu chez lui équivaut la quête du bien. L’homme qui fait le mal ignore que c’est un mal. La morale socratique a pour fondement la conscience et la connaissance. Celui qui connaît ne fait pas le mal.  

La philosophie, selon Socrate, a une valeur tant individuelle que collective. Elle vise le perfectionnement de l’âme réalisable par la recherche de la vertu, de la raison et de la vérité. Ces critères sont nécessaires pour la mise en place d’un État qui ne saurait se satisfaire seulement des biens matériels, des plaisirs corporels et des honneurs. Par sa philosophie et sa vie, Socrate se révèle comme l’exemple même de l’engagement qui va jusqu’au bout de sa logique. Nous comprenons alors pourquoi Socrate est prêt à mourir plutôt que de cesser de philosopher.

Le souci de l’autre préoccupait beaucoup Socrate. Aussi a-t-il toujours œuvré à le faire sortir des ténèbres de l’ignorance à lui montrer les vraies valeurs, à cultiver en lui le souci du bien, à travailler à perfectionner son âme. En somme, à l’amener à faire le bien et à éviter le mal. Une telle pédagogie a largement influencé Platon qui fut son disciple.

« Questionner les autres », c’est montrer qu’on s’intéresse à eux, qu’on les aime, qu’on veut leur bonheur. En fait, quand on prétend connaître les autres et qu’on les sous-estime pour une raison ou une autre, et peut-être même sans aucune raison, on trouvera superflu de consacrer une minute à se demander qui, ils sont, encore moins, dans quelles conditions ils vivent et pourquoi. Ainsi, la formule « homme, connais-toi toi-même », loin d’une exigence individuelle, est un appel qu’on est tenté de paraphraser en ces termes : « Peuple, connais-toi toi-même », pour bien choisir tes dirigeants en fonction de projets sociaux et de programmes politiques pertinents et fiables. C’est dire aussi que chaque peuple a besoin de connaître les autres peuples et d’entrer dans un climat de dialogue égalitaire avec eux. C’est dire enfin que dans une relation humaine verticale, chaque génération doit éviter de vivre comme si aucune génération ne l’avait précédé ou ne la succédera sur terre.

CONCLUSION

À l’image de Socrate et des hommes de son temps, nous tous : Sénégalais, Africains, tous les hommes qui peuplent le globe, devons faire de la formule « homme, connais-toi toi-même » un viatique, c’est-à-dire une provision sécuritaire pour notre pèlerinage terrestre. À l’heure où la crise des valeurs prend une ampleur plus qu’inquiétante, il est grand temps pour chaque homme, chaque peuple et l’humanité toute entière de se ressaisir pour parvenir à un mieux vivre ensemble. Rien, pas même les facilités que nous offre la vie moderne à travers les progrès techniques et scientifiques, ne doit nous distraire.

Regardons la réalité en face et faisons de sorte qu’aux niveaux économique, culturel et spirituel etc., tous les hommes, parce qu’ils se connaissent mieux et se respectent mutuellement, puissent vivre de manière harmonieuse. Osons rêver, mieux, faisons de notre rêve une réalité. Nous le savons tous, avec la détermination et la volonté, des hommes ont réussi à transformer des idées en actes. Pourquoi pas nous Sénégalais devant les défis électoraux qui nous attendent en 2012 ? N’oublions pas que voter est un devoir et que des votes réfléchis peuvent changer la face d’un pays. Et pourquoi pas nous Africains face au sous-développement et à la mal gouvernance qui gangrènent nos états ? Enfin pourquoi pas nous citoyens du monde qui mettons en péril la joie de vivre, le bonheur des enfants de la terre par nos ostracismes, nos guerres fratricides, toutes nos petitesses d’hommes sans vision et sans valeur sacrée ? Pourquoi ne freinons-nous pas nos passions afin de nous installer définitivement dans un monde de paix devenu la cité des hommes intègres, raisonnables, conséquents avec eux-mêmes, en somme des hommes qui se connaissent eux-mêmes et cherchent toujours à l’être davantage.

Quand Socrate clame son ignorance avec la sincérité qu’on lui connaît, n’était-ce pas pour dire que malgré tout ce qu’il savait à force de se questionner et de questionner les autres, il lui restait encore beaucoup à apprendre ? L’enseignement de Socrate ne s’arrête pas là, loin s’en faut. Toute la vie de Socrate, ses prises de position contre les sophistes, son opposition courageuse aux aristocrates, sa méthode révolutionnaire à savoir la maïeutique, sa haute compréhension de l’inscription Delphique : « homme, connais-toi toi-même », sont les paradigmes d’un enseignement philosophique et éthique transhistorique. Mais, aussi brillant soit-il, cet enseignement ne saurait nous dispenser, en tant qu’africains, d’interroger nos réalités politiques et économiques, nos valeurs culturelles et spirituelles, traditionnelles ou modernes pour constituer un héritage impérissable aux générations à venir. Et ce dans un monde évidemment sauvé du péril que fait peser sur lui le réchauffement climatique, les manipulations génétiques aux antipodes de la rationalité, la surexploitation des ressources naturelles, pour ne pas dire le gaspillage des matières premières. Autant de comportements qui frisent l’insouciance, comme si l’existence du monde devait s’arrêter avec nous. Erreur !

BILBIOGRAPHIE

BRÉHIER, Émile. Histoire de la philosophie. ………………………………………

BRISSON, Luc. Platon, les mots et les mythes. Paris, La Découverte, 1994.

CANTO-SPERBER, M., « Aristote, Épicure, Platon… Les textes fondamentaux de la pensée antique » in Le Point, n° 3, juillet-août 2005.

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PLATON. Phédon. Texte traduit par Léon Robin avec la collaboration de J. Moreau Paris, Gallimard, 1950.

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VENANT, Jean-Pierre. Mythe et pensée chez les Grecs, étude de psychologie historique. Paris, La Découverte, 1996.

VOILQUIN, Jean. Penseurs grecs avant Socrate, de Thales à Prodicos. Paris, Flammarion, …………………..


Léon Sobel Diagne

Docteur en anthropologie

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Sœur Gilles-Aimée

Docteure en philosophie ancienne

Institution Immaculée Conception Dakar

10, Bd Djily Mbaye

B.P. 259 Dakar

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[1] Enseignant à l’université Cheikh Anta Diop et au Centre saint Augustin de Dakar, membre du conseil de rédaction de la revue Cahier de philosophie et de théologie.

[2] Religieuse de la congrégation des Sœurs de l’Immaculée Conception de Castres, Directrice de l’Institution Immaculée Conception, Enseignant à l’université Cheikh Anta Diop et professeure de philosophie ancienne au Centre saint Augustin.

[3] Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, 1781

[4] Denis Huisman et André Vergez, court traité de philosophie, Terminale A, B.

[5] Platon, Théétète Tr. Emile Chambry, Garnier, éd…………………………………………….

[6] Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation. Paris, Puf, 1978, p………………..

[7] Platon, République, Livre 7.

[8] Formule inscrite au temple de Delphes

[9] Jean Voilquin, Penseurs grecs avant Socrate, de Thalès à Prodicos. Paris, Flammarion,…………… p.6.

[10] Jean-Pierre Vernant, Mythe et pensée chez les Grecs, étude de psychologie historique. Paris, La Découverte, 1996, p.407.

[11] Jean Voilquin, op. cit., pp. 6-7.

[12] André Lalande, Vocabulaire Technique et critique de la philosophie. Paris, Puf, 2006, p.771.

[13] Voilquin Jean, op. cit., p.7.

[14] Voilquin Jean, op. cit., p.7.

[15] Jean-Pierre Vernant Jean-Pierre, op. cit., pp. 407 et 408.

[16] Jean Voilquin, op. cit., p.7.

[17] Id., pp.12 et 13.

[18] Platon, Théétète, Tr. Emile Chambry, Garnier, éd.

[19] Id.

[20] Id.

[21] Id. 

[22] Id. 

[23] Id.  

[24] Platon, Gorgias

[25] Id.

[26] Jean Voilquin, op. cit., p.13.

[27] www.jesuismort.combiographiescocrate-1094.php

[28] Platon, Théétète, texte établi et traduit par Auguste Diès, Paris, Les Belles Lettres, 1993.

[29] www.jesuismort.ibid

[30] www.jesuismort.ibid

[31] www.jesuismort.ibid

[32] www.jesuismort.ibid

[33] www.jesuismort.ibid

[34] www.jesuismort.ibid

[35] www.jesuismort.ibid

[36] www.jesuismort.ibid

[37] www.jesuismort.ibid

[38] www.jesuismort.ibid

[39] Cette formule qu’on attribue à tort à Socrate était inscrite au temple de Delphes et Socrate s’en était servi comme devise.

[40] SOS.philosophie.free.fr/ Socrate php.

[41] SOS.philosophie.free.fr/ Socrate php.

[42] SOS.philosophie.free.fr/ Socrate php.

[43] SOSphilosophie.free.fr/ Socrate php

[44] Wikipédia, critique of Socrate : the great philosopher ( archive) par Viran, Traduction de Carolune

[45] Descartes René, Discours de la Méthode. Paris, éd. Librairie Larousse,……………… p.34.

[46] Platon, Alcibiade, 130 c, texte établi et traduit par Maurice Croiset. Paris, Les Belles Lettres, 1999.

[47] Platon, Phédon, 85 d, texte traduit par Léon Robin avec la collaboration de J. Moreau, Paris, Gallimard, 1950.

[48] Platon, Phédon, 65 b. texte traduit par Léon Robin avec la collaboration de J. Moreau, Paris, Gallimard, 1950. 

[49] Platon, Phédon, texte traduit par Émile Chambry, texte établit et traduit par Paul Vicaire. Paris, Les belles lettres, 1995.

[50] Platon, Apologie de Socrate, 30 b, texte établi et traduit par Maurice Croiset. Paris, Les Belles Lettres, 1999.

[51] Platon, Apologie de Socrate. 

[52] M. Canto-Sperber, « Aristote, Épicure, Platon… Les textes fondamentaux de la pensée antique » in Le Point, n° 3, juillet août 2005, p.44.

[53] D. Laerce, Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres, tome I. Paris, Garnier Flammarion, 1999, p. 114. 

[54] Luc Brisson, Platon, les mots et les mythes. Paris, La Découverte, 1994, p. 116.

[55] Platon, Phédon, 67 c-d, texte traduit par Léon Robin avec la collaboration de J. Moreau. Paris, Gallimard, 1950.

    

 

 

 

 

 

 

 

 

 

FOI ET CULTURE : VISION DE LA FEMME AFRICAINE

INTRODUCTION

Mettre la foi au niveau du divin et la culture au niveau de l’humain revient à la question des liens de la transcendance et de l’immanence. Au départ, les penseurs établissaient une contraposition entre foi et culture. Malgré cette contraposition, l’articulation entre foi etculture est une exigence épistémologique à laquelle sont confrontées l’Église et la société d’aujourd’hui, d’où l’importance de l’examen du rapport de la foi et de la culture.

Il existe une nette distinction entre la foi en Dieu et la confiance en un homme a fortiori avec la crédulité de l’ignorant parce que la foi est basée sur des raisons de croire. Elle comporte une dimension intellectuelle et une dimension affective, et est traversée par des doutes et de fortes convictions. Quand elle est vraiment vécue, la foi possède des liens communs avec la démarche scientifique, surtout celle de l’expérience. Celle-ci se réalise dans un cadre de convictions éprouvées et vérifiées. Pour Jacques Fantino :

« L’expérience croyante, parce qu’elle est un lien avec Dieu, est ouverture sur une transcendance et donc, éventuellement, sur du nouveau. Une attitude fanatique est contraire à la foi, dans la mesure où elle refuse toute nouveauté qui pourrait déplacer les certitudes reçues d’une tradition. De la même manière, la foi se distingue du fidéisme, c’est-à-dire d’une obéissance aveugle à une tradition »[1].

La foi s’élève à une dimension supérieure à la culture en cela qu’elle dépasse la raison et s’articule en une surraison dont la substance pure l’élève à une hauteur conceptuelle transcendante. Elle devient alors par opposition à la logique bornée du possiblement concevable le champ par excellence de l’infini par l’étendue et la possibilité, offrant un champ de puissance intarissable à toute idée. L’idée que quelqu’un ait marché sur la mer ou ait réveillé un mort dépasse l’entendement de la raison et est source de crise à l’esprit acquis à la cause d’une culture rationnelle au sens occidental et positiviste du terme, là où l’ascendant du merveilleux et du surnaturel chez l’Africain prédispose celui-ci à une meilleure réception comme événement concevable de la vérité de foi. Celle-ci s’inscrit alors en une croyance dont l’intensité s’étend par delà la raison et se double d’une intuitive transpercée du voile métaphysique des choses, nous en amenant à une perception vague mais où s’esquisse aussi clairement qu’en la source solipsiste et intouchable du cogito cartésien la certitude de la perfection divine.

Le lecteur peut bien se demander ce qui justifie le choix d’un tel sujet. La réponse est bien simple. C’est que dans le cas du christianisme, la présence numérique des femmes dans les structures de l’Eglise atteste de leur place et de leur rôle dans la vitalité de l’Eglise particulière en Afrique. En cela, le christianisme apparaît comme une religion de la femme. Dans l’Afrique traditionnelle, en Europe ou ailleurs, la foi se transmettait plus par elle. Au niveau de la culture, la femme en est gardienne. Généralement en Afrique, on parle de langue maternelle, et tout comme au niveau de la foi, c’est la femme qui transmet aussi la culture à l’enfant. Par son statut de mère nourricière et éducatrice, elle garde la pureté et la perfection de la culture. L’enfant appartient à sa mère, sa culture est généralement celle de sa mère ; celle-ci détermine sa structure identitaire.

Comment foi et culture s’articulent-elles ?

Comment la femme africaine en particulier articule t-elle foi et culture?

Dans cette contribution, nous nous efforcerons de produire le matériel utile à l’étude des concepts de « foi » et de « culture » avant de déterminer la manière dont les deux concepts s’articulent en général, puis nous exposerons la manière dont la femme africaine en particulier articule foi et culture à partir de l’analyse de la première partie.

  1. ARTICULATION ENTRE FOI ET CULTURE

Foi et culture sont des notions différentes respectivement assimilables à un état d’être, à un établissement et à un conditionnement subliminal qui n’en sont pas pour autant des réalités voguant dans des trajectoires parallèles. Pour mieux situer l’esprit des intrications qu’elles pourraient avoir, il est utile, de ce fait, de les définir et de les camper dans leur périmètre fondamental.

La foi est un état de vive illumination de l’âme croyante habitée d’une sorte d’impression d’éternité, telle que sa lumière se diffuse en la matière en une sensibilité prégnante au cœur au point que Pascal exprime ainsi à juste titre :

« c’est le cœur qui sent dieu, et non la raison. Voilà ce que c’est la foi, Dieu sensible au cœur, non à la raison »[2].

Si l’homme est considéré comme croyant, la dimension religieuse sera prise en charge au travers de la transmission de la foi, mais s’il est considéré comme être social, l’homme appartient à l’univers culturel. Nous comprenons alors pourquoi il s’avère difficile d’opérer le distinguo entre ce qui relève de la foi et ce qui découle de la culture. Il faut reconnaître cependant que l’homme a une nature religieuse et une culture variable selon la personne et l’environnement.

Dans la Bible, la foi est source et centre de toute vie religieuse. L’homme doit répondre par la foi au dessein d’amour que Dieu réalise dans son histoire. Selon Xavier Léon-Dufour,

« l’étude du vocabulaire révèle (…) que la foi selon la Bible a deux pôles : la confiance qui s’adresse à une personne « fidèle » et engage l’homme tout entier ; et, d’autre part, une démarche de l’intelligence à qui une parole ou des signes permettent d’accéder à des réalités qu’on ne voit pas  (He 2, 1) »[3] .

Ainsi, la foi, en cela qu’on la définit comme un état d’être, un état de vive illumination de l’âme, d’ataraxie et de béatitude croyante habitée d’une sorte d’impression d’éternité telle que sa lumière se diffuse en la matière en une sensibilité prégnante au cœur.

La foi, pour le chrétien, est une relation privilégiée de l’homme avec son Dieu personnel unique et provident. Elle se rattache à l’attitude humaine de la croyance où l’on tient pour vrai les savoirs appris par toutes les catégories d’éducateurs qui veillent sur nous. À cet effet, « la foi est une forme de croyance particulière, puisque l’autorité à laquelle le croyant fait confiance est Dieu. Démarche personnelle, la foi est individuelle mais aussi communautaire : elle s’exprime dans une confession de foi qui est un acte d’Église ».[4]

La foi porte ainsi en elle une certaine vision du monde, une dimension intellectuelle qui n’est pas étrangère à ce qui est décrit par les sciences. Si la première expérience de la foi en la création est une expérience salvatrice, celle-ci ne se développe que dans des éléments étroitement liés aux connaissances disponibles du moment, au récit biblique ou au discours théologique. Fantino illustre sa pensée par un exemple :

« si le premier chapitre du livre de la Genèse développe un message théologique monothéiste toujours actuel, il le fait en recourant aux connaissances du temps de son rédacteur ; celles-ci s’accordent avec les observations à l’œil nu du ciel et de la terre, mais plus avec les découvertes de la cosmologie, de la biologie ou de l’anthropologie contemporaines »[5].

La foi comporte des éléments culturels en ce que sans elle, il n’y a pas de culture, car c’est grâce à la foi, la foi notamment, en l’avenir qu’une société s’engage dans un ensemble de projets pour créer, pour réaliser sa culture. Denys Cuche définit l’homme comme un être culturel en affirmant sans ambages : « l’homme est essentiellement un être de culture »[6]. La notion de culture est polysémique. Du point de vue subjectif, elle peut signifier l’action de développer et d’harmoniser l’esprit. La personne dite cultivée c’est celle là chez qui on a développé les virtualités intellectuelles. La culture c’est ce que l’homme ajoute à sa nature en modifiant celle-ci. Dans son sens objectif, la culture désigne l’ensemble des modalités sociales de penser et de sentir. Ce sont des valeurs morales matérielles et spirituelles d’un groupe, ses coutumes et traditions. Dans le Vocabulaire technique et critique de la philosophie d’André Lalande, la culture,

« au sens le plus étroit et le plus voisin du sens matériel, (c’est le) développement (ou résultat du développement) de certaines facultés, de l’esprit ou du corps, par un exercice approprié. La culture physique une culture exclusivement mathématique. Plus généralement, et d’ordinaire : caractère  d’une personne instruite, et qui a développé par cette instruction son goût, son sens critique et son jugement ; éducation qui a pour effet de produire ce caractère. Beaucoup plus rarement, et par transposition en français d’un sens acquis par le mot sous sa forme allemande (culture est) synonyme de civilisation »[7].

La culture est d’autre part le propre de l’homme dont la vie ne saurait se baser unique ment sur l’héritage biologique. L’enfant est incapable d’assurer lui-même sa survie, mais il possède les capacités d’apprendre dans la communauté porteuse de savoirs, d’organisations et de méthodes. Elle se manifeste donc comme un processus de développement de l’individu dans une communauté structurante. L’homme accorde beaucoup de temps à l’éducation comme apprendre à marcher, à manger, à parler et même apprendre à apprendre.

Les cultures sont fort diverses, mais elles témoignent de la même structuration qui fait l’homme. Cette diversité loin d’être un échec atteste que les possibilités humaines sont plus vastes que les réalisations historiques.

D’un autre point de vue, la culture, n’est pas prise en son sein comme une tension contradictoire à la foi. Elle se rapproche du sens de la civilisation signifiant l’homme pris dans son sens social et citoyen projeté dans la dimension active de l’Histoire. Elle est, en ce sens, la mesure de l’éducation progressive et sans cesse plus poussée de l’homme à l’intelligence de vie commune, de savoir-vivre en société. Comte tenu de cela, la culture constitue un guide pratique avec néanmoins les inférences conflictuelles des valeurs culturelles générales, celles instituées par notre expérience de vie propre et celles issues de nos propres éducations reçues.

Si l’on admet que l’homme est un être qui éprouve le besoin de changer et de transformer son milieu de vie pour y vivre et s’y adapter, la culture serait donc le contenu des acquis auxquels il ajoute à sa nature. L’animal, quant à lui, n’a pas besoin de culture. Il vient au monde avec des instincts, des aptitudes naturelles qu’il exploite inconsciemment. C’est en cela que l’animal est naturel. A contrario, l’animal social qu’est l’homme a besoin d’être éduqué par la loi, les coutumes et d’être socialisé. De l’avis de Lévi-Strauss,

« partout où la règle se manifeste, nous savons avec certitude être à l’étage de la culture »[8] .

La culture relève d’une dimension moins essentielle que la foi, mais elle est aussi affectée d’une norme, d’un idéal d’harmonie commune de vie entre les hommes. Elle est ainsi foncièrement un établissement dont la force tient dans la profondeur de la racine croyante des hommes dans le bien-fondé de son axiologie fondatrice incarnée par les traditions. Donc, cette vue nous permet de situer d’une part un niveau purement substantiel se traduisant dans une forme générale à la pesanteur plus lourde qu’est l’esprit culturel désincarné flottant au-dessus d’une société, et d’autre part la matérialisation de cette volonté nombreuse s’imposant aux hommes dans leurs activités en des pratiques et coutumes données.

La culture présente donc quelque contingence et s’oppose ainsi à la propension absolue de la foi dont elle éprouve l’aspiration de par sa racine de spécificité identitaire et gnoséologique du monde des choses. De cette manière, nous observons par exemple une culture orientale, occidentale ou africaine qui soit l’agrégation générique de bases croyantes communes entre des peuples rattachables. Nous observons que le problème entre foi et culture se trouve précisément dans la confrontation autoritaire de leurs vérités. En effet, elles se proposent toutes deux d’apporter un éclairage cohérent du tout alors que leurs vues et leurs actions à des fins organisatrices répondant aux sagesses de la surraison et de celles de la civilisation ne convergent pas toujours. On peut citer en exemple l’existence de divinités, d’entités surnaturelles propres à l’animisme naturaliste en Afrique dont les religions monothéistes ne nient pas l’existence éventuelle. On tient pour hérétique celui qui remet en cause une vérité de foi et pour paria celui qui s’insurge contre la culture porteuse en elle d’une situation classique d’un conglomérat affectif de raisons et de passions idéalisées. Cela est si marqué que positivement, la culture prend l’ascendant naturel sur la représentation de foi dans l’action et la conception empiriste des hommes. Ces derniers développent alors des visions accommodantes des deux sans renoncer ni à l’aspect surrationnel de la foi ni à celui rationaliste de leurs suffisances et confiances en leur esprit culturel. La culture s’en dépeint comme une grande entreprise d’idéalisation de l’homme désincarnée et qui est muette au fond sur l’adhésion ou non d’un homme pris au hasard dans la société, si on y regarde sans aucun autre préjugé porté à ses manifestations extérieures, fut-il dans ses gestes, ses tendances vestimentaires ou autres.

Il demeure en tout état de cause que la réconciliation des deux réalités semble s’articuler sur un vertige naturel, un déchirement de crise faite de la divergence de principes fondateurs et nourriciers de la foi et de la culture. Le pape Jean Paul II déplore le manque de corrélation entre les différentes branches du savoir »il réaffirme le rôle de médiation que doit jouer la philosophie. Il insiste sur

« le lien profond qui unit le travail du théologien à la recherche du philosophe, inversement sur la nécessité pour le philosophe de retrouver sa relation avec la théologie »[9].

Foi et culture, dans la circonscription de leur rapport problématique voire critique, offrent un florilège de zones d’inférences dont l’écho pourrait nous mener vers la sphère théologique bien plus acquise à la cause de la première que de la dernière. Le combat pour la réconciliation et la paix trouve sa source et son achèvement dans l’amour divin révélé par le Christ Jésus. D’où la traduction en gestes de charité de la Parole entendue, en s’inspirant de l’hymne paulinien (1Co 13).

Partout dans le temps et l’espace des hommes, la confrontation foi et culture est un acquis d’éducation et d’imprégnation. Elle est aussi un environnement traditionnel spécifique porteuse d’un idéalisme humainement établi depuis le stade existentiel et enfin un appel à un idéalisme ontologique appuyé sur le flanc spirituel et donc surrationnel. Ceci fait que l’histoire entre la foi et la culture est aussi celle de la surraison et de la raison dans leurs ascendances naturelles à se démarquer en propensions conflictuelles.

La foi au rythme de la culture et vice versa appellent d’un côté par le versant de notre croyance en un paradigme cosmogonique, et de l’autre par celui d’une sorte d’adaptation sociale nécessaire, transversale à une moralité dominante s’instaurant en une règle informelle. La culture nous y apparaît alors suivant notre implication, notre affection et l’intensité avec laquelle nous nous y mirons dans les valeurs définies comme une pesanteur ou un élan. Mais elle peut s’en dégager comme un lest à l’appel vertical de la foi.

Cette double nécessité de conformité met de fait l’individu en certaines situations de déchirement devant un choix délicat entre la pression intense du regard culturel et surtout l’attachement que nous pourrions lui porter et l’exigence de croyance inconditionnelle basée sur la confiance divine prêchée à travers la foi.

Toutefois, il est possible de trouver des champs de convergence plus ou moins universels autour desquels foi et culture tendent de travers leurs esprits. Ce sont ainsi habituellement les notions de réciprocité, de respect, de responsabilité, d’humanité au sens de sensibilité altruiste par-delà les égoïsmes personnels. Cependant, les tensions apparemment radicales des deux logiques restreignent ces lignes consensuelles en un étau serré si bien que les deux donnent le plus généralement lieu à des affrontements. C’est dans ce rapport hybride de possibilité accommodante, réconciliatrice et conflictuelle, belliqueuse qu’oscille l’équilibre dialectique tendu -et hautement instable et inflammable de surcroît- que peuvent entretenir la foi et la culture.

Les différences de visions fondamentales auxquelles nous prédisposent l’affection croyante et l’affection culturelle tiennent dans la spécificité de leur nature, l’une étant d’essence théologique et l’autre existentielle en tant que produit d’un esprit général prospérant comme un guide de convenance, de savoir-vivre en société. Ainsi, les deux s’en délient de facto en ayant leurs communautés respectives de la société croyante et de la société des pratiques coutumières habituelles définissant l’esprit de la rationalité d’un groupe d’hommes donnés. Et il nous en vient l’idée de centrer toute la tension unissant la présence simultanée dans le creux des croyances sociales de ces deux tendances aux idéalismes différents. Il faut accommoder la foi et la vie chrétienne aux valeurs culturelles de la société. Cardinal Joseph Ratzinger disait :

« Le chrétien chinois, indien ou africain qui entend aujourd’hui repenser, exprimer et vivre son christianisme de façon nouvelle, doit non seulement être pleinement chrétien et pleinement chinois, indien ou africain, mais aussi se situer tout à fait dans l’aujourd’hui et le lendemain de l’humanité entière »[10].

La culture étant le donné précurseur donne à l’homme d’exister dans son essence même, de structurer sa nature dans une ambiance relationnelle avec autrui et son environnement immédiat (le monde et le cosmos). La foi est une donnée additionnelle à la culture ; elle concerne l’essence même de l’homme, le mettant en relation avec un absolu. Par la foi, l’homme donne une orientation à sa vie, se donne une référence et des repères, opère les justes choix pour son présent et son devenir. Elle prend aussi en charge les aspects culturels bénéfiques à l’homme. Ainsi devient-elle une sorte de catharsis de la culture en y recueillant « les paroles de Dieu (…) exprimées en des langues humaines »[11] .

Après ces considérations, il convient maintenant de recadrer la question dans l’intimité de la situation de la femme africaine évoluant dans un environnement contraignant à son égard et où elle est tenue à l’observance et au respect de plusieurs coutumes et traditions. Son amour altruiste est une force spirituelle et morale pour le genre humain qui lui est confié. Aussi, il s’en ressent comme une urgence de délivrer la femme du lourd fardeau et du sentiment d’être dans la situation inconfortable d’un enchaînement culturel combinée à une stature vis-à-vis de la foi. Cette combinaison sera prompte à lui donner la force de surmonter la douleur psychologique de sa condition et de la responsabiliser à la lueur de sa capacité à endurer, à se donner tout entière jusqu’au sacrifice suprême : perdre la vie en donnant la vie.

  1. APPROCHE DE LA FEMME AFRICAINE

De nos jours, l’Africain reste encore religieux ; il a une religiosité quasi innée dont l’élément clé reste la croyance en la toute puissance de Dieu qui imprègne le cosmos et pénètre l’être humain. Aussi, existe-il une forme de théologie noire où la foi en Dieu s’exprime à travers sa liturgie vivante et variée comme le proclame Frantz Fanon avec fierté :

« Je suis noir, je réalise une fusion totale avec le monde, une compréhension sympathique de la terre ; une perte de mon moi au cœur du cosmos, et le Blanc, quelque intelligent qu’il soit, ne saurait comprendre Armstrong et les chants du Congo. Si je suis Noir, ce n’est pas à la suite d’une malédiction, mais c’est parce que, ayant tendu ma peau, j’ai pu capter tous les effluves cosmiques. Je suis véritablement une goutte de soleil sous la terre… »[12].

Cela nous amène à concevoir la dignité de la foi comme n’étant pas une réalité de pleine intelligibilité, mais comme une nature de compréhension par le ressentir c’est-à-dire ce qu’il éprouve pour Dieu ou par rapport à Dieu. Dans cette optique, foi et culture se révèlent comme une unité complète et indivisible dans laquelle la foi est enveloppée dans l’écorce culturelle en gérant par la pensée et l’action les phénomènes du monde sensible pour les conduire à leur plein accomplissement dans le monde transcendantal.

Le rôle de la femme se pose à l’Église de manière essentielle. Le christianisme donne à la femme toute sa dignité

L’apparition de la femme est un fait attesté dans la Bible. Tout commence par la femme. Eve est responsable du péché d’Adam et par le fiat de Marie, le salut est parvenu au genre humain. De la sorte, la femme est appelée à être respectée dans sa vocation historique. L’incarnation est le lieu de l’épiphanie de Dieu, mais elle est aussi une expérience que fait l’être humain « soldée » par une foi qui l’habite. Tout acte qu’il pose doit être en lien avec la foi. Dieu s’est risqué dans une aventure humaine. Dieu s’est « détotalisé » pour une aventure avec nous pour s’inscrire dans l’histoire humaine et cela par le biais de l’Alliance nouvelle où Jésus Christ libère la nature, la culture et la foi pour lier l’identité chrétienne et l’identité culturelle à se penser autrement.

La femme incarne en elle-même la conciliation de la foi et de la culture de par sa personnalité silencieuse, discrète et soumise. La femme est un être particulier de par sa particularité sexuée, c’est cela sa féminité, y renoncer c’est renier son humanité. Beaucoup d’hommes considèrent avec dédain les femmes qui osent leur parler sur un pied d’égalité. Pourtant,

« ils savent ce qu’ils perdent en renonçant à la femme (…), ils ignorent ce que leur apportera la femme telle qu’elle sera demain. (…) Au sein de la famille, la femme est apparue à l’enfant, au jeune homme comme revêtue de la même dignité sociale que les adultes mâles »[13].

Le cordon ombilical en tant que racine téléaffectivement et métaphysiquement signifiante noue avec la mère (dépositaire de la vie à travers l’acte de porter, de donner la vie et de la nourrir) et son enfant une relation privilégiée et cela lui confère une certaine supériorité. Cette supériorité de sensibilité vitaliste traduite par cette suprasensibilité sensorielle par rapport à l’homme se retrouve également dans la passion et le naturel entrain dévouée à la sauvegarde et à la vivification de la foi et de la culture si bien qu’elle nous semble en être l’énergie incarnée motrice. De la sorte, il apparaît en vertu de la grande accointance entre l’étendue de la puissance passionnelle et celle de la puissance spirituelle que la sensibilité de la femme puisse se révéler supérieure à celle de l’homme quoique dépourvue de moins de mesure et de sens analytique. Nous observons cette dualité caractéristique très clairement dans la différence de tempérament entre Socrate et Xanthippe. Toutefois, l’importance et l’enjeu décisif du féminin en tant que principe transversal et universel sanctifiée dans l’œuvre des peintres de la Renaissance, notamment à un point culminant chez Léonard de Vinci, contraste avec l’opposition et l’atrophie ou la contusion naturelle auquel celui-ci fait face dans sa condition sociale habituelle et cela depuis l’antiquité. Platon attribue le statut inférieur de la femme à une nature imparfaite.

« Ce sont les mâles seulement qui sont créés directement par les dieux et à qui l’âme est donnée. Ceux qui vivent avec droiture retournent vers les étoiles, mais pour ceux qui sont ‘lâches’ [vivent des vies sans rectitude], on peut supposer avec raison qu’ils ont acquis la nature des femmes à la seconde génération. Cette régression peut continuer pendant des générations successives à moins qu’elle ne s’inverse. Dans cette situation, ce sont évidemment seulement les hommes qui sont des êtres humains complets et qui peuvent espérer l’accomplissement ultime ; ce qu’une femme peut espérer au mieux est de devenir homme »[14].

Cela est si marqué que la femme dans la société africaine, se trouve maintes fois en plein foyer de ces poussées de dissensions dont elle est la cible spirituellement démembrée entre les rigueurs exigeantes conquérantes auxquelles la soumettent les tenants de la tradition et les défenseurs de dogmes de la foi chrétienne. Il nous apparaît donc comme tout à fait naturel ce phénomène mondialisé depuis maintenant quelques siècles et s’étant progressivement manifesté en dehors de quelques timides avancées informelles des mouvements réformistes en faveur d’une libération de conscience des femmes. Mary Astell se fait l’écho de la voix des femmes :

« Accordez-nous, autant qu’il vous sied des lunettes pour corriger notre vue, et, autant qu’il vous est permis, de bons arguments pour convaincre notre entendement : mais n’exigez point de nous de voir  les choses telles que peuvent seuls les découvrir des hommes qui disposent d’esprits plus vifs, ou que nous ne comprenions et ne sachions rien que par ouï-dire, car ce n’est pas ni voir ni comprendre que d’être si complaisant »[15].

La notion de femme est un produit culturel comme le langage, la croyance, l’économie et donc elle est variable selon les cultures. Elle vit dans un espace qui a ses réalités, professe sa foi dans sa culture, vit l’inculturation au nom de sa foi enthousiaste et de son ouverture à l’autre. La femme ne fait rien en dehors de sa foi et de sa culture. En dépit de l’apport des religions monothéistes, elle reste attachée à ses coutumes ancestrales et culturelles qu’elle exprime même dans sa foi. Cette logique d’expression de la foi n’est pas en contradiction avec la culture, au contraire, foi et culture s’articulent harmonieusement dans un rapport de complémentarité en la femme africaine qui est par-dessus tout religieusement et culturellement ancrée dans la foi grâce à son savoir-faire. Promotrice de vie, sagesse pratique, la femme abrite en elle la vie, la protège et la promeut. Toutes ces actions sont significatives et

« la femme sait, selon Yvonne Pele-Douël, que le don de soi, la générosité, le dévouement, le service, l’amour, la patience, la protection, le renoncement à soi, le silence sur soi, la répétition fastidieuse des tâches, ne sont pas seulement des pièges où la liberté s’englue, elle sait que tout cela ne peut pas ne pas avoir un sens »[16].

D’une manière plus particulière, la femme africaine est le réceptacle de la culture. Tout ce qu’elle, entreprend et dit se réclame de la culture et de sa foi qui est ouverture à un Absolu. Elle est de ce fait significative dans les cérémonies familiales (baptême, mariage initiation enterrement…). Ses comportements culturels quotidiens sont dictés par sa foi, une vie spirituelle qui fait d’elle un être toujours en phase avec l’être suprême. Ainsi transmet-elle assez spontanément ses connaissances culturelles et sa vie de foi à ses enfants et à son entourage immédiat. C’est par elle que « la foi chrétienne s’enracine dans des cultures, et elles se manifestent à travers celles-ci ».[17] De par l’éducation qu’elle donne aux enfants, elle leur transmet plus facilement la culture et leur inculque dans le même mouvement sa foi. La foi de la femme africaine n’est pas une foi discursive, elle est pratique et observable dans ses habitudes comportementales. Foi et culture sont donc deux données fondamentalement liées chez la femme africaine. Comme promotrice de vie, elle est très engagée dans sa vie de foi. La femme africaine est mouvement vers le monde et vers son semblable, mouvement d’amour, d’affectivité et de don de soi mus par sa foi en Dieu et par l’importance qu’elle accorde à la vie.

La femme, et plus principalement le féminin, en tant que cœur de la sensibilité humaine, est en soi d’une dimension plus transversale et poussée que l’homme en ce sens qu’elle symbolise la douceur, l’affection et l’intensité sensible qu’au-delà d’une pensée philosophique relevant d’une herméneutique, la positivité de la science corrobore par l’existence sur le corps de la femme d’une centaine de zones érogènes. Mais la féminité ne se limite pas au corps matériel, mais elle constitue la pluralité du cosmos auquel elle participe.

Frantz Fanon évoque dans Peau noire masques blancs que le Blanc, le maître, le mâle pouvait coucher avec beaucoup de femmes noires, mais le contraire relèverait de la pure romance. C’est ainsi que le problème se pose à Mayotte ; le contexte de métissage qui prévalait à l’époque des colonies favorisait ce métissage et Mayotte exalte cette beauté noire reflet d’un amour noir. D’ailleurs Fanon disait de sa famille :

« Ma mère était donc une métisse ? J’aurais dû m’en douter en voyant son teint pâle. Je la trouvais plus jolie que jamais, et plus fine et plus distinguée. (…) Je songeais à cette grand-mère que je n’avais pas connue et qui était morte parce qu’elle avait aimé un homme de couleur martiniquais ….Comment une Canadienne pouvait aimer un Martiniquais ? »[18]

L’on ne saurait aussi parler de la culture sans langue et les expressions culturelles sont véhiculées par la langue. La femme africaine établit très tôt une relation culturelle avec son enfant. Tout d’abord au sein. Le sein maternel est la première habitation de l’enfant que la mère lui communique par la chaleur muette de son corps. La mère est en dialogue permanent avec son enfant quand bien même celui-ci ne parle pas encore la langue. Elle lui transmet silencieusement la parole de la vie communautaire, lieu de la vie spirituelle et culturelle. Par la suite, elle fait de ce dernier un apprenant culturel. C’est grâce à sa mère que l’enfant balbutie les premiers mots de sa langue maternelle. Aussi qualifie-t-on à juste titre la langue de maternelle. En transmettant sa langue, elle transmet dans le même mouvement sa foi. Cela confère à la femme une certaine puissance. Celui qui possède le langage possède le monde exprimé par ce langage et cela lui donne une certaine puissance. Pour Jean-Marc Éla :

« la conscience qu’une société prend d’elle-même se traduit dans le langage qu’une Église produit pour dire sa foi. À travers la formulation des doctrines, les textes de catéchisme, les traités de théologie, la prédication missionnaire, les formes de piété ou les institutions ecclésiales, nous sommes toujours renvoyés à une vision de l’homme et du monde, à une perception de l’espace et du temps, à un mode de rapports entre les hommes »[19].

La femme africaine manifeste son attachement à sa foi et à sa culture pendant les différentes cérémonies : célébrations liturgiques, funérailles, rencontres communautaires, travaux champêtres, partage du pain et du vin. À travers ses nombreuses qualités, nous pouvons voir aussi comment elle concilie foi et culture. La femme africaine est un être émotionnel et un être sensible vis-à vis de son Dieu. Elle est, selon la Bible, appelée à se soumettre. Cette crainte de la parole de Dieu, liée à son éducation, fait d’elle une femme pleine de dévotion vis-à-vis de Dieu et de soumission à l’égard de son mari qui peut s’avérer être un oppresseur, alors que la libération de la femme mène à la libération de l’être humain si bien que la cause de la femme est celle de l’être humain.

La femme africaine apporte à son foyer les richesses de son cœur, de sa constance, de sa solidarité, de sa sensibilité. C’est dire qu’elle est de nature affectueuse. Cette affectivité se vérifie dans ses comportements quotidiens. Cette affectivité n’est pas sensiblerie, mais attachement dicté de l’intérieur, d’où l’expression de sa dévotion dans sa vie de foi, sa défense tenace des valeurs comme la vie, le travail bien fait, le respect envers autrui. Cette affectivité est plutôt amour sans réserve pour sa famille proche et élargie. La femme africaine est fondamentalement un être d’amour eu égard à toute l’attention qu’elle porte à ses enfants et à son époux.

Des schémas racistes et mythiques ont associé nue et noire à sauvage d’Afrique et Senghor saisit ce mythe négatif et en invertit le signe pour le rendre positif. La nudité noire n’est plus un signe de barbarie, mais devient signe d’élégance et de beauté si complète qu’elle se passe d’habits : « vêtue de ta couleur » (…) « de ta forme ». L’habit devient inutile, car il est remplacé par la couleur noire, couleur dont se revêt la femme noire, et comme le collant, elle enveloppe la forme de la danseuse africaine. Or la perfection n’est pas impudique, les Grecs le savaient, l’Africaine le rappelle. Cette beauté, c’est son intériorité façonnée sous la meule de sa foi en Dieu qui n’a pas de couleur et des valeurs propres à son univers culturel. Senghor a su exalter la femme noire avec les savantes métaphores dont il prend soin d’entourer l’aimée noire.

« Là, la gracieuse petite Sérère (ou Peule ?) de sa jeunesse ou la fille d’Arfang (et) de Siga (…) avec leurs pagnes, leurs coiffures en tresse ou en cimier et les pilons de leurs villages ; ou encore la métisse à la peau d’or rouge, la signare à la peau de pain brûlé (…) ; enfin, la Noire inspiratrice du poème Femme nue, femme noire (…) que tous les étudiants africains connaissent par cœur »[20].

Tendresse maternelle, amitié sincère, passion amoureuse et amour érotique sont des expériences humaines profondes que la femme africaine vit avec une particulière intensité. C’est dire donc que celle-ci vit l’amour humain au plus haut point et donne l’impression d’être la créature qui s’approprie plus cette valeur dans le don total de soi. La tendresse n’ôte à personne la virilité. A contrario, elle procure un supplément d’âme au plus affirmé des caractères. En Afrique, les enfants jouent à proximité des femmes. Mères et sœurs répandent gracieusement leurs bises sur leurs fraîches joues.

Une autre particularité de la femme africaine c’est son intelligence émotionnelle. Cette intelligence s’avère plus importante pour le développement intégral de l’individu que l’intelligence rationnelle, car celle-ci néglige une bonne part du comportement de l’être humain. L’intelligence émotionnelle de la femme lui permet de percevoir, d’apprécier et de réguler ses émotions et celles des autres, d’utiliser ses émotions dans la gestion des problèmes. En effet, l’émotion, qui est un autre mode de connaissance, lui dicte souvent les réponses appropriées. Cela étant posé, la femme africaine n’est pas dépourvue de raison ; sa raison n’est pas discursive, mais intuitive. C’est cette émotivité qui permet de rendre compte de son originalité. Senghor, parlant de la psychologie du Négro-africain lors d’une conférence affirmera : « L’émotion est nègre, comme la raison hellène » [21]. Même si on lui en a fait le reproche, à tort ou à raison, lui, ne voit pas comment rendre compte autrement de la spécificité de cette négritude perçue comme l’ensemble des traditions et des valeurs culturelles de l’Afrique

Selon la conception dogon par exemple ne pas savoir tenir sa langue est le propre de la femme. C’est pourquoi elle subit de nombreuses épreuves, comme la pose d’anneaux au nez, à la lèvre supérieure et la taille en pointe des incisives pour avoir des occasions d’apprendre la maîtrise de soi. Par la patience, la femme africaine prouve son dépassement face à toute situation. On pourrait la comparer, par parallélisme surtout, à un animal devant sa proie et on verrait que ce dernier, guidé par l’instinct, ne pourrait ou ne saurait résister à cette trouvaille fortuite. La patience de la femme africaine est similaire à celle du paysan qui attend patiemment l’eau bienheureuse qui fécondera la terre. Cette vertu est une source où elle puise pour nourrir sa vie de foi. Patiemment, la femme africaine se sacrifie énormément dans l’éducation de son enfant et dans la bonne marche de sa maisonnée.

« Lors de la mise au monde d’un enfant, la femme montre la plus grande endurance, et l’obligation de ne pas manifester sa douleur de quelque façon que ce soit est d’autant plus astreignante que sa faiblesse engagerait la réputation future de son enfant. Si elle crie, l’enfant, dès la naissance, sentira peser, sur lui, la désapprobation, le mépris de la société »[22] .

Elle est sur tous les fronts dans les travaux domestiques comme dans les travaux champêtres. Par sa force intérieure, elle supporte les épreuves. C’est la femme engagée dans tous les secteurs de la vie sociale et culturelle. Elle contribue à la construction de structures plus humaines dans le don généreux de son être. Aminata Sow Fall témoigne :

« Diatou est tout aussi occupée, mais elle tient à assumer pleinement son rôle de mère avec son amour de mère. Souvent, à la voir, on sent qu’elle est exténuée par son tour de garde, mais cela ne l’empêche pas d’arranger un col par-ci, de boutonner une veste par-là. « Il faut t’habiller correctement ! La chemise laissée comme ça, ça fait débraillé ! » C’est elle qui gronde, punit, corrige dans la mesure de ses moyens. C’est elle aussi qui cause, plaisante, et éclate de ce rire innocent qui emplit de joie les cœurs d’enfants »[23].

Fatou Diome lui emboîte le pas :

« Comme à l’accoutumée, les femmes s’étaient levées avec le chant du coq pour agiter le fond des puits, remplir les jarres vidées par les douches de la veille et celles de l’aube, couper du bois, faire tomber des ustensiles par mégarde dans les cuisines encore obscurcies par la traîne de la nuit, avant de cajoler le feu pour cuire la bouillie de mil du petit déjeuner qui embaumerait bientôt les salons »[24].

Comme épouse et maman, elle sait gérer les difficultés de la vie ménagère. Elle s’en remet à Dieu très facilement au moment des épreuves, d’où sa spontanéité à prier et à organiser la prière en famille. Cette prière est véritablement incarnée puisqu’on y invoque l’action de Dieu au cœur de l’action de l’être humain ; c’est une prière enracinée dans un contexte socio-culturel. Karl Rahner montre que :

« La foi peut être envisagée sous un double aspect, soit comme élaborée en un système d’articles et de concepts, soit comme vécue de façon existentielle. Ces deux conceptions ne désignent pas deux réalités différentes, mais deux moments et deux aspects d’une même foi. Entre ces deux moments n’existe pas une relation immuable, fixée une fois pour toutes. Cette relation ne cesse de se modifier d’après la situation »[25].

Autrement dit, la femme africaine est le paratonnerre de la famille par sa vie de foi et de prière. Ces deux données se mêlent dans son expérience personnelle et communautaire. Dans un milieu homogène, la réflexion portant sur ces deux aspects ne révèle que des nuances entre ces deux moments. Dans un environnement austère, il en va autrement.

C’est l’exemple de Ramatoulaye, héroïne d’Une si longue lettre de Mariama BÂ qui incarne en elle les valeurs typiques de la femme africaine traditionnelle. Quand son mari épouse l’amie de sa fille aînée, au-delà des dépressions nerveuses, du découragement, du sentiment de trahison, des conseils de ses enfants, au lieu de divorcer, elle décide de rester par fierté, mais non sans éprouver désarroi et détresse. Profondément triste, elle est tentée de fuir, et se croit poursuivie par le destin. Elle cherche des dérivatifs à son angoisse, sauve les apparences, tente de dominer son énervement intérieur. Elle se fixe toujours un objectif et bien après la mort de son époux, face à l’éducation de ses enfants, elle pense toujours à sa grand-mère qu’elle évoque et la prend comme modèle :

« Brave grand-mère, je puisais, dans ton enseignement et ton exemple, le courage qui galvanise aux moments des choix difficiles »[26].

L’éthique des grands socratiques de la Grèce antique évoque les vertus cardinales (force, tempérance, prudence et justice) comme l’essence de la véritable humanité menant l’individu à lui-même. Les valeurs sont des sources entretenant la force de vivre. La femme africaine, en vivant et en faisant vivre les vertus se révèle être une précieuse source pour l’humanité qu’elle porte, car elle lui prodigue les plus grands bienfaits et donne un grand prix à notre vie. La femme africaine, de par l’éducation qu’elle a reçue et par celle qu’elle transmet vit avec une particulière intensité les valeurs et les vertus. Cela fait d’elle, une éducatrice à la foi et à la culture.

« Le rôle de la femme dans la gestion des valeurs traditionnelles, du système symbolique des croyances, du maintien de la famille au foyer (chaleur du feu) est un peu celui d’Atlas. Elle porte tout sur ses épaules. Si elle s’en débarrassait c’est toute la société qui s’écroulerait, dit le professeur Omar Diagne (Cesti, Dakar) qui définit la femme d’aujourd’hui comme « un nouveau concept, prospectif, qui peut reléguer le patriarcat au rang de vestige archéologique »[27].

La société sérère est matrilinéaire. La femme, même si elle ne commande pas, occupe une place privilégiée. C’est elle qui donne la vie, c’est elle qui nourrit. Chez les sérères, la femme était la clé de voûte de la lignée matrilinéaire. La famille matrilinéaire est un système de filiation dans lequel l’enfant relève du lignage de sa mère détentrice de ce pouvoir spécial de la régénération de la lignée ancestrale. La succession se faisait de manière matrilinéaire. La mère perpétue la lignée matrilinéaire. Celle-ci regroupe un certain nombre de familles se partageant un lien fort de parenté parce qu’ayant le même ancêtre. Elles peuvent cependant occuper des terroirs tout à fait différents ; chacune des familles garde une large autonomie et garde son propre chef de famille. Dans cette lignée matrilinéaire, l’autorité est incarnée par l’homme le plus âgé de sa famille maternelle. Ce dernier doit se doter d’une bonne capacité d’écoute et faire l’estime de toute la famille par son comportement. Les membres de sa famille deviennent tous ses conseillers. Il est toujours disponible et prêt à rendre service. Garant de l’unité de toute la famille, il peut convoquer le conseil de famille sur proposition d’un seul membre. Le conseil devient une nécessité pour préserver l’harmonie. C’est là où se prennent les grandes décisions. On note que :

« Le lignage maternel constitue l’épine dorsale des relations familiales. Le lignage paternel, même s’il lui est antérieur, lui est subordonné. La famille maternelle a primauté sur la famille paternelle. Elle est un vivant qui tend à se répandre partout et qui cherche à absorber d’autres familles en y faisant pénétrer ses filles »[28].

Le chef de la famille maternelle a plus de pouvoir sur l’enfant en cas de conflit, contrairement au code civil actuel de la famille au Sénégal. Le chef de la famille matrilinéaire n’est pas forcément le détenteur du pouvoir spirituel. Ce pouvoir est entre les mains du guérisseur qui entretient le génie de la famille. Il doit solliciter le génie par des prières dans les moments heureux ou malheureux pour qu’il intercède en faveur de ses petits enfants et arrière petits enfants. Le patrimoine est géré au profit de toute la famille. Ce patrimoine est l’ensemble des terres et du bétail. Ce patrimoine règle les affaires courantes comme la dot, les amendes, l’organisation des mariages, des funérailles et des circoncisions. La solidarité est privilégiée pour mettre tous les membres de la famille à l’aise sur tous les plans.

L’héritage était aussi matrilinéaire parce que la femme était le seul moyen de s’enrichir par la dot. Quand le garçon venait demander la main d’une fille, il remettait à ses futurs beaux-parents un couple de vaches par le biais de ses oncles maternels. Le jour du mariage en rejoignant son mari, elle laissait ses vaches à son oncle. C’était l’oncle maternel aîné qui gérait tous les couples de vaches des dots de toutes ses nièces et c’est ce qui formait le troupeau matrimonial. Mais durant tout son mariage jusqu’à la mort, c’est l’oncle qui devait régler les problèmes de sa nièce et ceux de ses enfants en vendant une ou plusieurs vaches selon la gravité du problème.

L’individu appartient à un groupe social ou à un groupe de parenté qui fonctionne selon la filiation, la consanguinité, les rapports sociaux et les alliances. C’est ainsi que le lien généalogique a des répercussions sur la transmission des biens. Parmi les combinaisons des groupes de filiation du système matrilinéaire, nous avons le cas de figure qui

« consiste à maintenir seulement les femmes sur le lieu de résidence du groupe et à disperser les hommes. Les femmes sont détentrices et gardiennes des dieux, l’héritage ne pose alors pas de problème, puisque notre exemple suppose la filiation matrilinéaire. Mais des difficultés peuvent intervenir avec l’exercice de l’avunculat, surtout si le neveu doit hériter des charges et titres de l’oncle maternel. Ce denier, ne résidant pas au même endroit, l’exercice de son autorité, de ses droits et devoirs envers son neveu, risque de s’opposer à la présence permanente du père, géniteur réel. Or, dans ce système de parenté, c’est l’oncle maternel qui inspire crainte et respect, le père étant moins sévère que l’oncle et il arrive, fréquemment, que l’oncle batte ses neveux quand les parents ont cessé de le faire bien longtemps. Bien sûr, l’inverse se produit dans les filiations patrilinéaires, mais ce qu’il faut en retenir, c’est que le rôle de l’oncle maternel ne demeure jamais nul, qu’il s’agisse d’antagonisme marqué ou de relation libre et familière »[29].

Les grandes manifestations de la vie spirituelle et les divertissements populaires mettent la femme au devant de la scène. Elle profite des occasions pour composer une chanson telles, ces femmes de Bargny qui ont

« un don inégalé pour composer des chansons. Comme un artiste qui, devant une vision fébrilement trace une esquisse, les femmes du terroir composent à la minute des chansons d’une rare beauté. Elles sont harmonieuses et inattendues. Certaines cultivent des sons graves, d’autres des sons aigus ; les sons sont magnifiques ; le chant qui me touche le plus, lorsqu’une femme de qualité, fêtant un événement, s’éclipse pour se changer et revient en toute beauté, c’est ce chant sublime aux accents chevaleresques qui explose : deux cents femmes se lèvent et jettent pour l’honorer des nuages de kaala blancs »[30].

C’est dire que la femme africaine a le sens de la fête qui est la manifestation de l’être, de la vie et l’espace de la célébration du sacré. Périodiquement, la fête rassemble et la femme est par excellence celle qui rassemble, celle qui fait sortir de l’ordinaire par son sens de la fête. Comme une mère poule rassemble ses poussins, comme le Bon Pasteur rassemble ses brebis (Jn. 10), comme le père de l’enfant prodigue organise une grande fête pour accueillir son fils, (Lc. 15), la femme réunit pour la fête et unit par la fête. La fête est aleitéia ; elle est le lieu de la révélation de la vie, de l’engendrement de la vie. En tant qu’organisatrice de la fête, la femme africaine est une courroie de transmission de la vie et de la foi.

Dans la cosmogonie sérère, se dégage une nette conception de l’être suprême. Selon la pensée religieuse africaine, Dieu ne s’annonce pas par des prophètes, mais se révèle à travers le cosmos. Ainsi toute la nature porte-t-elle l’empreinte de Dieu, et l’Africain ne s’isole pas volontiers de cette nature qui agit directement sur les officiants. Le soleil, la faune et la flore régulateurs des cycles liturgiques exercent aussi directement leur influence sur les êtres humains qui sollicitent leur intervention. C’est donc dans la nature que l’Africain cherche à réaliser l’harmonie avec la divinité. Chez les sérères, la conception d’un être suprême, ne fait pas de doute. Ils croient en un être suprême, s’expriment de la même manière sur son rôle transcendant.

L’homme s’identifie à la nature, car il estime que les forces vitales qui sont en lui sont les mêmes que celles qui animent la nature. Chaque arbre, chaque animal est censé contenir un esprit, une âme, du moins, une force vitale. Cette perception de l’être est intimement liée à sa vision du monde, à sa structure, et c’est parce que, par delà les diversités, quelle que soit sa configuration, (humaine, animale ou végétale), l’être est un réseau de forces. Or, ces forces se résument en une seule, la seule force vitale réelle symbolisant Dieu, garant de toute existence. C’est une ontologie unitaire comme le prouve l’unité de l’univers qui se réalise en Dieu par la convergence des forces. C’est par ce biais que l’on peut comprendre le fait que la femme africaine sénégalaise ait un sens si développé de la solidarité et qu’on peut aussi parvenir à comprendre son intuition dans ses rapports avec la nature, ainsi que son respect des éléments de la nature, en somme, sa pratique religieuse animiste. Cette ontologie n’est cependant pas seulement unitaire, elle est existentielle. Dieu étant l’unique force vitale qui conditionne toutes les autres, elle a pour vocation de croître à travers ses diverses réalisations. C’est ce qui confère à la femme une place privilégiée dans le mystère, capable qu’elle est de développer sa force et de se réaliser comme personne dans une communauté solidaire d’où le sens que revêt pour elle la religion dont le sacrifice est l’acte essentiel. Le sérère considère la terre comme habitée par une force supérieure (Dieu ou les esprits) et il existe des lieux reconnus particulièrement sacrés où se font les sacrifices. Dans les religions animistes, le sacrifice est omniprésent dans tous les événements heureux ou malheureux.

Le sérère accorde aussi beaucoup d’importance au chiffre 3 qui jouait un rôle important dans sa spiritualité. « Le chiffre de la femme sereer (est) le 3 »[31]. Le chiffre 3 apparaissait souvent dans la vie de la femme. C’est à trois ans que l’on perçait les oreilles de la fille pour le port des boucles d’oreilles ; le jeune homme désireux d’épouser  une jeune fille donnait la dot trois fois à trois personnes : père et mère de la fille et son oncle maternel. La durée de la gestation de la femme est de trois fois trois mois (3x3x3). Le premier trois c’est la femme, le deuxième représente l’acte d’accoucher, le troisième désigne le bébé au sexe indéterminé qu’on rangeait du côté des femmes, car s’il est homme, son sexe ne sera déterminé qu’après la circoncision :

« le sacré apparaît ainsi (à la femme) comme une catégorie de la sensibilité. Au vrai, c’est la catégorie sur laquelle repose l’attitude religieuse, celle qui lui donne son caractère spécifique, celle qui impose au fidèle un sentiment de respect particulier, qui prémunit sa foi contre l’esprit d’examen, le soustrait à la discussion, la place au-dehors et au-delà de la raison »[32].

Dans la vie coutumière du Sérère, tout est occasion de formation à la vie pratique. L’initiation joue aussi ce rôle. On observe dans les caractéristiques de l’initiation une période de réclusion, l’atmosphère de mystère entretenue, les diverses épreuves de formation du caractère, l’enseignement scolaire traditionnel (chants, contes, proverbes) et les rites de passage à la nouvelle vie. En milieu sérère (Sine), la femme joue un grand rôle dans l’initiation qui

« est une formation pratique, effectuée dans une ambiance de mystère en prenant l’initié totalement, corps et âme, pour lui faire prendre conscience du caractère irremplaçable de sa fonction dans la tribu, lui enseigner les techniques héritées des ancêtres qui lui permettront de la remplir et le maintenir à jamais sous son empire »[33].

Elle dirige de main de maître la cérémonie de mariage. Lorsque la nouvelle mariée arrive en pleine nuit la veille du mariage ou à l’aube vers 5 h du matin, le premier acte qu’elle pose consiste à visiter avec les femmes du village d’accueil le milieu où se trouve le taureau qui doit être sacrifié le jour du mariage. Cette visite est très importante parce que le sang qui sera versé en guise de sacrifice doit être source de bonheur pour le nouveau couple. Ce sang symbolise l’alliance scellée entre les familles des deux époux. La cérémonie d’initiation commence la même nuit ou la nuit suivante. Cette cérémonie est revêtue de sens, puisque c’est à partir de là que la nouvelle mariée intègre définitivement le groupe des femmes et commence à jouer pleinement son rôle d’épouse exemplaire et de mère de famille.

L’épouse exemplaire doit faire la fierté de sa famille d’accueil, mais aussi de sa famille d’origine par son comportement. Elle doit garder sa pureté en ne commettant jamais l’adultère. Ce devoir d’épouse exemplaire est récompensé par une progéniture choisie par Dieu. Les enfants nés de ce mariage réussiront dans la vie. Pour accomplir fidèlement son rôle de mère de famille, elle doit comprendre le sens de l’éducation. Elle est la première éducatrice pour les enfants qu’elle donnera au monde. La réussite des enfants dépendra aussi de l’éducation reçue depuis la naissance jusqu’à l’âge adulte. La femme doit avoir un cœur pur qui lui permettra de contourner tous les obstacles. Elle a besoin d’une âme vaillante pour supporter toutes les difficultés et s’armer d’une tolérance sans faille. Elle doit cultiver la discrétion, qualité fondamentale chez la femme pour garantir la stabilité de la famille. À l’arrivée, à l’entrée de la maison de la belle famille, la nouvelle mariée est assise sur une natte. De l’eau est versée devant la porte d’entrée lui pour souhaiter la bienvenue et une paix durable. Après ce rite, les femmes du village mettent sur sa tête du riz ou du mil et du coton. Les céréales sont des signes de prospérité, de fécondité ; ce sont les éléments essentiels à l’accueil de la nouvelle mariée. Le coton symbolise la pureté comme en attestent ces lignes :

« Par son attitude, la (mariée) montre qu’elle consent au mariage. Pendant que les femmes mariées dansent autour d’elle, un notable répand sur sa tête du mil et du coton blanc en disant : « sois féconde comme ce mil, pure comme ce coton »[34].

La cérémonie d’initiation proprement dite se déroule toute la nuit en présence d’illustres femmes du village. Les femmes se retrouvent autour du feu. De la nourriture et de la boisson sont servies toute la nuit. La cérémonie consiste à parfaire l’éducation reçue par la nouvelle mariée dans sa famille d’origine. Les femmes déjà mariées sont capables de déceler en elle certains défauts et d’apporter des corrections. Elles l’initient à ses nouvelles responsabilités. Elle doit être une femme qui éduque, obéit, et ayant le sens de l’écoute, une femme discrète, soumise pour le bien de sa famille, une femme qui donne son avis. Son mari devient alors son porte-parole et doit décider en tenant compte de son avis. Elle doit encore être une femme de foi qui accepte la volonté divine, une femme qui incarne la paix et la joie de vivre.  Après cela, elle entre officiellement dans le groupe des femmes mariées. Elle peut commencer à jouer le même rôle que sa mère ou sa belle-mère, assumer les mêmes responsabilités qu’elles. Elle trouve une place privilégiée auprès de son mari, devient sa première conseillère ainsi que celle de ses enfants.

CONCLUSION

L’anthropologie ou les déterminismes biologiques essentiels et les constructions socio-culturelles manifestent la manière dont la femme africaine articule foi et culture et attestent qu’il existe une essence féminine noire. C’est ce que cette contribution a tenté de démontrer.

La foi, adhésion inconditionnelle à un idéal, est souvent du domaine religieux, mais peut être aussi du domaine temporel comme la foi en la science, en la philosophie, en ses projets. La culture, quant à elle, est un ensemble des valeurs, de coutumes et est du domaine social. Elle particularise une société, peut susciter des passions, déclencher des mouvements de masses, tels que la foi des membres d’une société cherchant à se défendre contre toutes sortes d’agressions. C’est là un point de rencontre entre foi et culture. La religion étant un élément de la culture (c’est une valeur culturelle) réunit les personnes autour d’un idéal par lequel elles s’identifient par des comportements. On pourrait donc symboliser la foi comme une ligne verticale de croyances dont la norme de progression semble s’inscrire et se définir dans une logique d’ascèse et d’élévation relative à la profondeur de la confiance placée dans une croyance. La culture, elle, se décline selon un ordre horizontal d’harmonisation et d’assoupissement des normes de vie commune selon un référentiel fondamental de la normalité.

Il nous a semblé important de rappeler ces éléments de définition et de les appliquer à la situation de la femme africaine en général et plus particulièrement de la femme sérère du Sénégal. Ce thème donne à réfléchir au moment où dans les instances décisionnelles de l’Église et de l’État, la femme reste sous- représentée.

S’il est un espoir de trouver en l’homme un terreau susceptible d’absorber le trouble de la croyance théogonique et culturelle, c’est bien en le féminin que nous le plaçons et par conséquent, il nous apparaît capital d’œuvrer à sa préservation à titre de perpétuer l’humain en sa qualité d’humanité.

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Marie Simone CISSE (Sœur Gilles Aimée, Immaculée Conception)

Docteur en Philosophie Ancienne et Médiévale

Professeur à l’Institut de Théologie et de Philosophie au Consortium Saint Augustin de Dakar

Professeur à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar



[1]Jacques Fantino, Science et foi : un lexique, Paris, Cerf, 2008, p. 68.

[2] Pascal, Pensées, IV, 278, Paris, Librairie Générale Française, 1972.

[3] Léon-Dufour Xavier, Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Cerf, 1971, p. 475.

[4] Jacques Fantino, Science et foi : un lexique, Paris, Cerf, 2008,  p 67.

[5] Jacques Fantino, Science et foi : un lexique, Paris, Cerf, 2008, p 68.

[6]Denys Cuche, La notion de culture dans les sciences sociales, Paris, La Découverte, 2001, p. 3.

[7] André Lalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, Paris, PUF, 1926, p. 199.

[8] Claude Lévi-Strauss, Les structures élémentaires de la parenté, Mouton, 1967, p. 9.

[9] Jean Paul II, Fides et Ratio, n° 5, 63 ss, Kinshasa, 1998.

[10]Joseph Ratzinger, L’unité de la foi et le pluralisme théologique, Normand, 1978, p. 69.

[11] Concile œcuménique Vatican II, Constitution dogmatique sur la Révélation divine, Dei Verbum n°13, Paris, cerf, 1969.

[12] Frantz Fanon, Peau noire masques blancs, Paris, Seuil, 1952, p. 36.

[13] Simone de Beauvoir, Le deuxième sexe I, Paris, Gallimard, 1976, pp. 29-30.

[14]Platon, Timée 90e, Paris, Les Belles lettres, 1985.

[15]Mary Astell, Réflexions sur le mariage, in Political Writting, Cambridge, Springorged. 1996, pp. 9-12.

[16]Yvonne Pele-Douël, Être femme, Paris, Seuil, 1967, p. 19.

[17]Bruno Chenu, Charles Ehlinger, Jules Gritti, François Nielly, Daniel Perrot, Albert Rouet, La foi des catholiques, Le Centurion, Paris, 1984, p. 102.

[18] Frantz Fanon, Peau noire masques blancs, Paris, Seuil, 1952, p. 37.

[19]Jean-Marc Éla, Ma foi d’Africain, Paris, Karthala, 1985,  p. 201.

[20]Lilyan Kesteloot, Comprendre les poèmes de Senghor, Paris, L’harmattan, 2008, p. 103.

[21]Léopold Sédar Senghor, Liberté 1, Négritude et Humanisme, Paris, Seuil, p. 24.

[22] Alassane Ndaw, La Pensée Africaine, Recherches sur les fondements de la pensée négro-africaine, NEAS, 1997, p. 99.

[23]Aminata Sow Fall, L’appel des arènes, Dakar, NEAS, 2012, p. 24.

[24] Fatou Diome, Le ventre de l’Atlantique, Paris, Anne Carrière, 2003, p. 229.

[25] Karl Rahner, Les chances de la foi, Paris, Le centurion, 1974, p. 69.

[26] Mariama BA, Une si longue lettre, Dakar, NEAS, 1979, p. 148.

[27] Lilyan Kesteloot, Histoire de la littérature négro-africaine, Paris, karthala, 2004, p. 287.

[28] Henri Gravrand, Visage africain de l’Eglise, Paris, Editions de l’Orante, 1961, p. 31.

[29]Alassane Ndaw, La Pensée Africaine, Recherches sur les fondements de la pensée négro-africaine, NEAS, 1997, p. 176.

[30] Rahmatou Seck Samb, Du baobab au saguaro, Côte d’Ivoire, NEI, 2009, pp. 80-81.

[31] Henry Gravrand, La civilisation sereer, Cosaan, NEA, 1983, p. 228.

[32] Roger Caillois, L’homme et le sacré, Paris, Gallimard, 1950,  p. 24.

[33] Henri Gravrand, Visage africain de l’Église, Paris, Editions de l’Orante, 1961, p. 210.

Ibid, p. 256.




JOURNAL DE L'ECOLE

2015
  • 17 janvier 2015 : Un forum des métiers à l’école

Ce samedi 17 janvier, l’Institution Immaculée a accueilli un forum des métiers en faveur des classes de première et Tle.

A 9 h, le chef d’établissement Sr Gilles Aimée prononce son mot de bienvenue aux représentants des différentes écoles supérieures au nom de l’institution. 

A la suite de cette allocution, M Quénum président de l’APEE prit la parole à son tour. C’est ainsi que chaque école fut brièvement présentée par son représentant. Étaient présentes les écoles ci-dessous :

  • · L’école supérieure de commerce (groupe SUP DECO)
  • · L’école des techniques internationales du commerce, de la communication  et des affaires

(ETICA)

  • · L’institut inter africain de Formation en assurance et gestion des entreprises (IFAGE)
  • · L’ICN Business School
  • · L’ISM 
  • · UCAO (St Michel) 

Alors c’est le moment des entretiens dans les stands. Les élèves étaient accueillis par groupe de trois. On note également la présence des conseillers qui informaient sur la réalité du métier et exhortaient à une claire vision de carrière pour le futur.

A 16 h le forum prit fin.

  • 5 Octobre : Rentrée du personnel de l’école

La traditionnelle rentrée est arrivée. A vos marques !!

Prêts pour une nouvelle année scolaire !!

La prière qui a été animée par Sr Jeanne Elisabeth était  très créative. Gilles Aimée, dans son discours, annonce le pourcentage des résultats au CFEE, BFEM, et BAC. Ils ont été excellents.

Cette année 15/16 revêt un cachet particulier au primaire : Pour la première fois ce secteur accueille le genre masculin au sein de son personnel enseignant.

  • 7 Octobre : Rentrée des élèves

La communauté éducative, prête avec la rencontre du 5 octobre, reçoit aujourd’hui les élèves bénéficiaires principaux de notre mission éducative.

A 8 h la cour refusait du monde. On entendait de partout les cris joyeux des enfants de l’élémentaire. Disons aussi qu’ils sont plus nombreux cette année à cause de l’ouverture de la série S.

Sr Thérèse Elisabeth tout en dispensant des cours de morale, assure sa mission d’assistante sociale auprès des élèves en difficultés.

Bonne année scolaire à tous ! Beaucoup de succès !

  • 9 Novembre: Décès de Maurice GOMIS

La grande et redoutable ‘’pèlerine’’, la mort s’est encore arrêté à l’Immaculée. Elle a fauché un des techniciens de surface.

Interné à la clinique Pasteur le 2 Novembre à la suite d’une rapide maladie. Notre regretté Maurice GOMIS nous quittera en ce 9 Novembre pour intégrer la demeure céleste. C’est la consternation au cœur de notre établissement. Partout sur les visages, on pouvait lire la douleur et la tristesse.

Adieu Maurice, Merci l’homme de la maison, l’homme aux multiples bras. Toute la communauté éducative et les élèves t’adressent leur reconnaissance pour tant de services rendus avec amour.

Que la terre de St Lazare te soit légère !

Que Marie Immaculée et Emilie de Villeneuve t’accueillent et te présentent à Jésus !

  • Mercredi 18 : ’’ Une équipe médicale à l’école ‘’

Avant 8 h en ce jour, une équipe médicale est descendue à l’école en vue d’une sensibilisation sur le cancer du col de l’utérus. Elle a été bien accueillie par Sr Gilles Aimée, chef d’établissement.

Après une brève présentation, la séance a démarré dans la salle de cinéma. Elle concerne uniquement les filles.

Par une projection de diapo appuyant leurs propos préventifs et curatifs, les médecins faisaient passer leur message pour une meilleure santé féminine.

2014

  • 29 Septembre 2014

Au travail !!

L’heure a sonné pour mettre fin aux congés et nous introduire dans l’ambiance habituelle, celle de l’éducation et de la formation

Ce lundi 29 septembre marque la rentrée des enseignants et de tout le personnel, acteurs au sein de l’Institution I.C.

Après la prière animée par Sr Jeanne Emmanuelle, Jeanne Elisabeth introduit l’allocution du chef  d’établissement, Gilles Aimée.

Ses propos très pertinents, ont salué la bravoure et la compétence de l’équipe et ont aussi exhorté davantage au travail pour de meilleurs résultats.

Des réflexions en ateliers ont permis de planifier les activités scolaires et parascolaires. La matinée fut achevée par un cocktail fraternel en attendant la

rentrée des élèves  prévue pour le mercredi 8 Octobre 2014.

  • 29- 30 Novembre Francophonie au Sénégal

Du lundi 24 au Dim 30 la communauté de Sanghé a été hébergée chez nous afin de participer à l’exposition inaugurale de la francophonie.

Les élèves n’étaient pas en reste à cet événement d’actualité. Tour à tour, ils ont brillés par leur présence au grand théâtre de Dakar afin de s’informer.

  • 8 Décembre 2014: Fête de l’Immaculée

Cette année la fête de l’Immaculée revêt un cachet particulier. En communauté, nous avons décidé de la rendre plus efficiente pour marquer le sens de famille, mettant ainsi en valeur les conclusions du synode.

Les invitations ont été élargies à d’autres entités  comme les anciennes de l’I.C, certains parents d’élèves, les communautés religieuses et les prêtres de la paroisse.

A 8h 30, la célébration eucharistique présidée par l’abbé Marcel CISS démarre par une procession avec la Vierge.

Toutes les entités de l’école étaient représentées : professeurs, maîtresses, élèves, personnel administratif et de service, transport…

Une mini kermesse avait bien diverti les élèves surtout au niveau du jeu gonflant qui fut une première initiative.

A 13h, un repas fraternel nous a réuni comme une famille. On pouvait lire sur ces visages avenants une joie mariale illuminée par le plat copieux, la musique, la danse et les taquineries.

Vive Marie Immaculée !

Vive la Sainte Famille !

Vive la Famille Humaine !

  • 16 Décembre: Campagne électorale à l’école

L’institution Immaculée de Dakar s’est engagée dans l’application de la nouvelle pédagogie et des méthodes curriculaires. Chaque année avec le projet en vigueur, un gouvernement scolaire voit le jour, permettant aux élèves de prendre la parole et de participer activement à leur formation.

Ce 16 Décembre a eu lieu la campagne électorale. A 13 h, on voit s’installer dans la cour des groupes d’élèves portant des pancartes pour saluer et acclamer leur candidat.

Ainsi chaque candidat à la présidence et aux différents ministères doit présenter son discours politique. A la fin, celui-ci est ovationné aux sons des tam- tam et des applaudissements.

Mais quelle agitation !

Les élèves voteront selon leur crédibilité le programme présenté par les futurs ‘’ ministrables’’

Tout pour une école d’excellence !



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