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VIE, ŒUVRE ET CHARISME-SPIRITUALITE D’EMILIE DE VILLENEUVE

emilie

 

Emilie de Villeneuve, une Bonne Mère

Emilie est la petite-fille du comte de Villeneuve et la troisième des quatre enfants du marquis Louis de Villeneuve et de la marquise, née Rosalie d’Avessens. Emilie grandit au château d’Hauterive (Tarn), à proximité de Castres, où son père, grand propriétaire terrien, emploie un grand nombre de personnes dans sa nouvelle industrie du traitement de cuir. Très tôt, sa mère devra se retirer en raison de son mauvais état de santé. De ses parents, Émilie reçoit des valeurs fortes. Mais l’épreuve marque prématurément et profondément sa vie : la maladie et la mort de sa mère alors qu’elle n’a que 14 ans. Émilie perd sa mère et trois ans plus tard, sa sœur cadette Octavie meurt à son tour. Adolescente, Émilie prend l’habitude de confier à la Vierge Marie ses joies, ses peines et les choix à faire. Marie devient sa compagne et sa confidente. À 19 ans, Émilie entreprend de gérer la vie familiale, soulageant dans cette tâche son père, alors Maire de la ville de Castres de 1826 à 1830. Ces problèmes familiaux vont marquer son existence, ainsi que le contact qu’elle entretient avec le père Leblanc, jésuite, à qui elle fait part des préoccupations de type social qui ont germé en elle, particulièrement la misère qu’elle découvrait autour d’elle, dans les premiers moments de la révolution industrielle.

Emilie devient la maîtresse de maison du château d’Hauterive. Son amie et confidente Coraly de Gaïx nous décrit le récit où Emilie fait part à son père de son projet. La scène se passe dans la quiétude du  jardin familial :

« …Nous passâmes deux jours en prière, et un matin, après la messe où nous avions reçu ensemble la sainte communion, Emilie se tourna vers moi ; son visage était radieux. ‘’Je vais parler à mon père, me dit-elle, priez pendant ce temps-là…’’  Elle s’agenouilla en passant devant une petite statue de la Sainte Vierge qui depuis longtemps savait tous ses secrets : sa prière fut courte, mais qu’elle fut fervente ! Je restais seule à l’église. Les battements de mon cœur étaient violents et rapides, et jamais les mouvements de l’horloge me parurent aussi lents. J’aurais voulu faire marcher le temps plus vite, mais il ne m’écoutait pas plus que quand je veux le retenir. Enfin au bout d’une demi-heure, Emilie arriva. Nous sortîmes bientôt de l’église ; sa physionomie n’avait rien perdu de sa sérénité. »

« Quel mécompte ! me dit-elle : je ne croyais pas que mon père fût si fort affligé de ma résolution. Vous savez qu’il s‘occupe de remplacer ma femme de chambre qui vient de mourir. Je suis partie de là pour lui raconter tout ce que je voulais lui apprendre. Mon père, lui ai-je dit, d’après la détermination que j’ai prise, il est inutile de remplacer Rose ; je n’ai plus besoin de femme de chambre, et je viens vous dire tous mes projets. » A ces mots, son livre est tombé de ses mains. 

- « Eh ! Quels projets, ma fille ? Ce n’est pas le couvent j’espère ? » 

- « Oh ! Non, mon père » 

- « Eh ! Quoi  donc ? Voudrais-tu me quitter… ? »  

Il y avait tant d’expression dans ses paroles que si Dieu ne m’eût soutenue, mon courage allait défaillir. 

- « Mon père, lui ai-je dit, c’est pour  Dieu que je vous quitte. Je veux aller servir les pauvres chez les Sœurs de la Charité » (Positio : 86-87).

Après avoir envisagé de rejoindre les Filles de la Charité, et après un délai de réflexion imposé par son père, (et avec l’accord de son évêque) elle fonde avec deux compagnes (Joséphine et Louise) le 8 décembre 1836 à Castres la Congrégation des Sœurs de Notre-Dame de l’Immaculée Conception. Emilie seule prononce les vœux de religion et devient Sœur Marie. Elle avait vingt-cinq ans.

La Congrégation qu’elle fonde est orientée vers le service « des pauvres et des membres souffrants de Jésus Christ » et est dédiée à l’éducation des jeunes filles pauvres, aux malades et aux missions en terre lointaine.

La 1ère communauté s’installe dans une petite maison sans confort à Castres. Attentives aux plus pauvres qui les entourent, elles accueillent des jeunes filles fragilisées par la misère liée au début de l’ère industrielle et s’occupent des prisonniers. Rapidement, elles ouvrent une 2ème communauté où les sœurs sont chargées de l’éducation des enfants, du catéchisme et des soins aux malades. Toutes les communautés, dans les débuts, auront cette triple mission. La communauté religieuse est rapidement connue sous le vocable « Les Sœurs Bleues de Castres » en raison de la couleur de leur habit. Puis la congrégation voit grandir le nombre de ses sœurs et son rayonnement s’étend dans les différents continents.

En 1853, Emilie fait le choix de ne plus être supérieure générale. Elle meurt un an plus tard du choléra, le 02 octobre 1854, à l’âge de quarante quatre ans, après avoir offert sa vie pour que l’épidémie qui sévit à Castres s’arrête.

Elle est béatifiée le 05 juillet 2009 à Castres par le Pape Benoît XVI et canonisée le 17 mai 2015 à Rome par le papeFrançois.

La sève nourricière de la Spiritualité/charisme sous-tend l’action de la Bonne Mère et alimente toute la vie et l’œuvre de la grande Famille Bleue.

Spiritualité/charisme

Il est difficile de pénétrer toute la richesse de ce puits inépuisable qui constitue le chemin spirituel parcouru par Emilie, car à mesure que nous buvons à la source de notre spiritualité, nous découvrons des perles précieuses qui nous animent à vivre comme disciples de Jésus-Sauveur.

La spiritualité, c’est ce qui donne du sens, du goût de vivre, qui donne de la joie et le bonheur à soi-même et aux autres.

Pour nous, c’est l’ensemble des motivations et convictions profondes d’Emilie, son idéal de vie, sa passion pour la cause du Royaume et le style de vie qui permet de faire cette unité intérieure profonde.

En ce sens, la spiritualité de Sœur Marie est ce chemin spirituel qu’elle nous a tracé et dans lequel se solidifie notre identité personnelle, communautaire et charismatique. Des vertus telles que l’abandon, la confiance, la simplicité, l’humilité (sa vertu favorite) ainsi que la douceur et l’esprit de foi soutiennent son engagement « Abandon, confiance, c’est tout pour moi » nous dit-elle.

La prière remplit sa vie et elle aimerait qu’elle devienne habituelle chez ses sœurs.  «La prière … ; il faut la rendre habituelle, s’accoutumant à converser avec Jésus au milieu de ses occupations, prier de cœur en allant et venant dans la maison… (NP.59). On comprend alors que toute son action devient contemplative.

Le Charisme

« Dieu Seul » est la devise de Sœur Marie. « Cherchez Dieu en toutes choses et toutes choses en Dieu » nous enseigne-t-elle. Tout un programme de vie ! Ceci implique à avoir une attitude permanente de conversion, disposées à se laisser sauver… Nous nous souvenons du conseil qu’elle adresse à ses sœurs : « Le meilleur moyen que vous ayez de répondre à la grâce de votre vocation baptismale est de ne rechercher en tout que les intérêts de Dieu Seul et le continuel accroissement de son règne dans les cœurs » (Constitutions 1840).

L’unique but qu’elle donne à l’Institut est de rechercher la Gloire de Dieu par l’accomplissement de sa volonté. Ainsi donc, la mission de la congrégation trouve son contenu dans celle de Jésus-Sauveur qui a parfaitement vécu et accompli la sainte volonté du Père.

Sa passion est son amour de Dieu et son amour du prochain particulièrement des pauvres, les privilégiés de Dieu.

Pour elle, cet amour de Dieu va de pair avec l’amour du prochain et se traduit par une vie communautaire fraternelle « N’ayez qu’un seul cœur et qu’une seule âme » (C-Div 49) et par une option privilégiée pour les pauvres. Elle recommande d’« avoir une sainte prédilection pour les pauvres, les petits, les faibles » (Directoire, 1852, n° 103).

Emilie veut être avec les pauvres, les malades, les prisonniers, les prostituées et leur montrer que Dieu les aime aussi, elle veut leur rendre leur dignité d’êtres humains à l’exemple de Jésus Sauveur.  

Elle a consacré sa vie aux soins des malades, à l’éducation des jeunes, à l’évangélisation, à la prière et à la charité. Pour elle, les aumônes ne suffisent pas, la charité non plus.

En plus des trois vœux de pauvreté, chasteté et obéissance, Emilie a ajouté un quatrième vœu : celui de se livrer totalement à la cause du royaume, vœu par lequel les sœurs s’engagent de manière spéciale à poursuivre la mission de Jésus-Sauveur : travailler au salut des âmes, autrement dit au relèvement de l’homme. « Heureuses êtes-vous de vous engager par vœu à travailler au service du prochain… » (Constitutions 1840, 125).

Marie est au cœur de la mission de son Fils. De cette manière, Emilie nous donne Marie Immaculée pour Mère, pour Modèle de femme, Disciple de Jésus et pour Compagne de route.

Le charisme de Mère Marie appelle à devenir missionnaire en prenant position pour la justice, la paix, le respect et l’attention au plus petit dans tous les lieux de vie, et à faire tout cela par amour.

Marie Immaculée 

La figure de Marie Immaculée, première et perpétuelle Supérieure Générale, mère et modèle de la Congrégation  est très présente. 

Marie chemine avec nous sur la route. Elle occupe une place spéciale dans toutes nos communautés. Que ce soit à la chapelle, dans les salles communautaires, dans une grotte bien visible devant laquelle, enfants et adultes viennent converser avec la Mère de Jésus-Sauveur et la nôtre. Les sœurs donnent ainsi  réponse à l’invitation de la Fondatrice :

« Les personnes qui se réuniront pour servir le Seigneur dans cette Congrégation se mettront sous la protection de la Très Sainte Vierge et porteront le nom de Sœurs de l'Immaculée Conception » (1er Règlement). 

Le titre même de la Congrégation « Notre Dame de l’Immaculée Conception » montre combien Marie fut présente dans la vie d’Emilie. Orpheline très tôt, elle  a trouvé sous sa protection une mère et une confidente. Ce qui ne passa pas inaperçu car Coraly de Gaïx note qu’avant de parler à son père de sa vocation Emilie s’agenouilla en passant devant une petite statue de la Sainte Vierge qui depuis longtemps savait tous ses secrets (Positio p. 86).  

Alors rien d’étonnant qu’elle ait choisi le 08 Décembre pour sa consécration religieuse. 

Le nom qu’elle donna à sa famille naissante avant la définition du dogme  témoigne de sa relation privilégiée avec Marie. C’est une orientation qu’elle souhaita que prennent chaque sœur et collaborateur :

« Les sœurs de l'Immaculée Conception feront une spéciale profession de servir et d'imiter la bienheureuse Vierge ; elles l'honoreront comme leur Reine, l'aimeront comme leur première Mère et l'invoqueront comme leur Patronne. Elles chercheront avec toute la ferveur dont elles seront capables à procurer la gloire de Marie, dans la vue de parvenir plus efficacement à procurer la gloire de Dieu. Elles considéreront le cœur de cette divine Mère comme un modèle parfait du zèle qui doit les dévorer pour le salut des âmes et des vertus qu'elles sont appelées à pratiquer. Plus elles acquerront de ressemblance avec la Mère, plus elles plairont au Fils, plus elles aimeront Marie, plus leur amour pour Jésus deviendra pur et généreux. Mais, si les sœurs doivent tendrement aimer la Mère de Dieu, si elles doivent la bénir dans tous ses privilèges, elles auront cependant une particulière dévotion au mystère de son Immaculée Conception, privilège si cher à la Congrégation, qu'elle n'a pas cru pouvoir choisir un plus glorieux titre, ni un plus heureux patronage » (Constitutions 1840,129). 

Marie Immaculée est pour Emilie, celle qui soutient et accompagne la route des hommes. Elle nous présente encore Marie comme la Mère qui nous aime comme ses filles chéries, mais en même temps, Emilie nous exhorte à avoir pour cette Souveraine des cœurs, l’amour le plus ardent, la dévotion la plus tendre, la confiance la plus illimitée.  

Pour Emilie, Marie connaît personnellement chacune de ses filles. Aussi, elle  n’hésitait pas à la prier pour qu’elle les soutienne dans leur vie et dans leur apostolat. Voici ce qu’elle écrivit à Mère Séraphine Lequeux :

« … Je vous souhaite une bonne fête, c'est à dire que je désire instamment que Marie ce jour là vous obtienne cet entier détachement que le Seigneur demande de vous; il y a  un commencement, n'est-ce pas ? Mais il y a encore bien à faire ; aussi, je vous redouble mes prières car il faut absolument que vous soyez toute à Dieu, vous savez de quelle manière…. » (Correspondances à Séraphine Lequeux, I, 385).

« Prions Marie de vous rendre le calme et un peu la raison (Correspondances à Séraphine Lequeux I, 12) … j'espère que cette bonne Mère, exauçant mes prières, vous obtiendra force et courage » (Correspondances à Séraphine Lequeux, I, 25). 

Lorsqu’une affaire est à traiter, c’est au pied de Marie qu’il convient de  prendre la décision : « Le matin, une bonne pratique sera de confier ses affaires, ses vues, ses intentions au cœur de Jésus, les y remettant par le cœur de Marie; et dans l'occasion quand il faut traiter les affaires, aller par Marie les reprendre dans le cœur de Jésus, afin de parler, agir en Lui seul » (Notes personnelles, 35). 

Face à la difficulté de gérer les enfants, elle encourage ses sœurs à se confier à Marie. « Je vois que les enfants vous donnent de la peine, cela ne m'étonne pas, car ici nos élèves aussi nous donnent du souci mais espérons que grâce à Dieu et à Marie elles changeront » (Aloysia Bruges,1851).

Ces citations montrent bien le rôle de Marie Immaculée dans la vie de la Bienheureuse Jeanne Emilie de Villeneuve. Elle nous invite à héberger Marie Immaculée dans notre cœur, le lieu de sa demeure, espace ouvert pour accueillir l’autre avec ses richesses et sa pauvreté, sa ressemblance et sa différence.


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